Matera et les Murges
Mercredi. Le propriétaire revient ce matin avec une humeur un peu meilleure - même si nous sommes ses seuls clients et qu’il ne vient que pour nous servir notre petit déjeuner. Nous ne nous attardons pas en campagne car ce matin nous visitons Matera.
Nous trouvons plutôt facilement une place de parking gratuite pas trop loin de la gare “Matera Centrale”. Nous la rejoignons à pied et poursuivons par la via Don Giovanni Minzoni. Elle devient la via Ascanio Persio, et juste après la place du même nom qui abrite un marché de primeurs permanent, elle débouche sur une place avec une fontaine. Inutile de chercher plus longtemps : face à nous, près d'un large escalier de pierre qui s'enfonce sous terre, un panneau indique « sassi ». Nous l'empruntons comme on descend dans le métro... Certes, les escaliers plongent sous la place, mais ils donnent accès à un autre monde.

La vieille ville a beau être classée patrimoine mondial UNESCO, blablabla, au début nous avons quand même l'impression d'avancer dans des ruines - la ville n'est pas au niveau du standing des villes blanches des pouilles. Moins... quoi ? Vivante ? Oui, cela doit être ça : un mix entre abandon et tourisme. Tout ce qui vit ici n'a été revitalisé que par le tourisme : souvenirs, restaurants, bars, gîtes et hôtels. Et à vrai dire, au début nous voyons plus l'abandon que le tourisme.
Matera a cependant de beaux restes. Nous commençon par nous diriger vers la cathédrale et sa Piazza Duomo. L'entrée est payante, pas bien cher, et pour le prix on vous prend la température - c'est assez étrange de se faire braquer un « pistolet » mesureur sur le front. À l'intérieur, la cathédrale rivalise assez bien en dorures, en peintures, mais surtout en fresques anciennes. Où l'on découvre que les saints peuvent être vénérés pour la production de légumes racines, et que les grafitis, ça ne date pas d'hier...


Nous continuons notre chemin jusqu'à atteindre la Chiesa di San Pietro Caveoso, dont le style est plus ancien et plus naïf. Avec tout du long, vue sur les colines et le torrent en contre-bas : Matera a beau être bordée par la ville moderne d'un côté, elle n'offre qu'un panorama sur une nature incontaminée. Chapeau bas.



En parfaits touristes, nous continuons la visite et reprenons une vollée de marches, apprécions les vues, les détails, les ruelles, et même le cimetière antique - il ne reste que des creux dans la roche... On peut imaginer que les ossements ne restaient pas là très longtemps. À force de silloner les rues, nous trouvons une Osteria où manger en terrasse.
Après quoi, nous poussons au plus loin vers l'est, bien après le Convicinio di Sant'Antonio. Là les plus anciens sassi sont restés à l'état de ruines, et tout à chacun peut entrer dans ces petites maisons troglodytiques. La vue englobe la ville et la vallée.

De là nous remontons vers la modernité : des rues calmes, quelques églises, puis des rues commerciales, nous prenons une pause au parc Giovanni Paolo II - nous en avons un peu plein les pattes. Mais nous replongeons, pour rejoindre la partie ouest. Nous remonterons par la chiesa di San Biagio, chiesa di San Giovanni Battista et suivantes...



Cette fois-ci, nous n'en ferons pas plus - car plus, ce serait se promener dans la vallée par exemple, et ensuite passer la soirée en terrasse, et dormir à nouveau à Matera... Ce n'est pas au programme ! Au lieu de quoi, nous retournons avec partner voir le garage Peugeot vers 15h30 pour faire la remise à zéro (azerato) du message d'alerte. Un petit tour au grand conad (je ne m'en lasse pas, en Italie il y a des petits et des grands conad... ha ha...), pour faire le plein de taralli et autres produits du sud (comme de la bière et surtout une liqueur aux herbes : Vecchio Amaro del Capo) avant qu'on ne s'en éloigne.
Car nous prenons la route vers le Castel del Monte, célèbre château octogonal - le seul au monde peut-être ? Nous traversons une campagne vallonnée : un grenier à blé dur à ciel ouvert... Il nous faut environ 1h20 pour atteindre le château depuis Matera. Le premier contact n'est pas plaisant : le parking est paysant, et c'est 5€ quelque soit le temps qu'on reste. Or à l'heure qu'il est, nous ne resterons sans doute pas plus d'une demi-heure ou 3/4 d'heure à tout casser. bref. On se gare, et on marche jusqu'au château.
Il fait belle impression, aussi bien par la belle couleur des pierres au soleil descendant, que par son emplacement, sur une hauteur qui domine les collines alentour. Par contre, c'est domage mais c'était attendu, la visite est sur rendez-vous... Comme à peine une vingtaine de personnes sont admises chaque heure, autant dire que toutes les visites sont complètes plusieurs jours à l'avance. Malgré le faible nombre de visiteurs, impossible de participer à la dernière visite du jour.


Il est maintenant un peu plus de 18h, et déjà le soleil est bas sur l'horizon - c'est golden hour sur le château ! Magnifique, mais imprenable. Après en avoir fait le tour, nous n'avons plus qu'à trouver notre hébergement de ce soir avant qu'il ne fasse nuit... Il n'est qu'à quelques kilomètres de là : c'est la Masseria Citulo Il Pino Grande. À notre arrivée, nous découvrons qu'en fait, j'ai bien réservé mais pour hier soir ! Nous avons donc fait sans le vouloir un « no show », et fait attendre papi - qui nous assure que de toutes façons, il est moitié insomniaque et ne va jamais se coucher bien tôt. Il ne reste donc qu'une chambre avec salle d'eau commune, ou une chambre sous les toits avec salle d'eau privative - allez, on nous fait même un prix pour nous forcer la main, et on se laisse faire. En vrai, nous allons découvrir un peu tard que sous les toits, ben il fait chaud... et qu'on aurait peut-être eu un peu plus de fraîcheur un étage en dessous.
Papy ne nous lâchera pas si facilement, il a entrepris de nous raconter sa vie, et c'est une vraie pipelette, impossible de l'arrêter ! Il tient la ferme - qui appartenait à sa femme, paix à son âme, qui vient d'une grande lignée aristocratique de la région. Car forcément, ces fermes fortifiées ne sont pas celles de paysans venus de nulle part : elles appartenaient à ceux qui faisaient travailler les autres pour eux... les temps ont bien changé, et maintenant c'est lui - ancien professeur d'université, spécialisé dans les arts religieux, et à la retraite depuis bien longtemps - et son fils, qui fait cuistot, qui tiennent à eux deux le domaine. Ils ont quand même l'aide d'un employé pour la ferme : du maraîchage plein champ et des vergers. Il n'y a que là-bas et dans les Pouilles qu'on voit des tomates comme ça pousser en plein champ... Il nous parle de la Murgia... pour nous dire qu'essentiellement, il ne reste plus personne, plus aucun service, plus aucune vie : c'est vide ! Et la région n'arrive pas à inverser la tendance...
Entre temps, la nuit est tombée. Bien que le fiston connaisse certainement son affaire, nous voyageons à budget réduit, et cela implique de ne pas multiplier les restaurants - peut-être une prochaine fois ferons nous le choix inverse : dormir en partner, mais manger au restaurant ? En tout cas pour ce soir, nous pique niquons tout simplement dans la cour, à la lumière de quelques lumignons. De retour dans la chambre. Elle sent l'ancien, peut-être à cause des meubles, qui ont l'air d'époque (mais de laquelle ?) ou du parquet ciré. Nous pouvons même apercevoir de loin un tout petit Castel del Monte illuminé, perché au sommet de sa colline. C'est l'heure de vérifier si la douche marche tout aussi mal dans les Murges que dans les Pouilles... Banco !
















Avec le soleil qui décline, je tente ma chance pour une baignade en soirée à Porto Badisco, espérant que la foule se sera éclaircie... mais ce n'est absolument pas le cas : décidément, les plagistes sont particulièrement endurants en Italie ! Demi-tour, nous passerons donc la soirée à la Masseria. Après un dîner sur notre terrasse, nous descendons pour profiter du wifi de l'hôtel : il faut dire que nous ne savons toujours pas où nous dormirons le lendemain. Et que cette incertitude jour après jour commence à nous miner un peu : cela prend du temps de chercher la bonne adresse au bon prix... Nous sommes un peu tendus, mais parvenons finalement à trouver notre prochaine étape. Après plusieurs journées plutôt dédiées au tourisme « à pied », demain sera consacré au touring en Partner. Objectif : le bout du sud !






























