Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

lundi 7 sept. 2020, 20:32

Au fond du sud

Lundi. Le petit déjeuner à la Masseria est une nouvelle occasion de découvrir comment chaque établissement s'est adapté aux nouvelles règles sanitaires du COVID. Souvent, les buffets restent à disposition des clients sans aucun changement - c'est il semble le cas ici. Parfois, des assiettes sont préparées à l'avance, avec de petites variations dans les assortiments de gâteaux, de fruits, de pain... à chacun de choisir selon ses préférences l'assiette qui s'en rapprochera le plus !

Nous découvrons que la serveuse qui officie ce matin a quelques mots de français - d'ailleurs, c'est elle qui tient l'accueil quand nous réglons la note. Sa meilleure amie est une suissesse francophone. Notre petite discussion nous a fait oublier de rendre les clés de la chambre - nous nous en appercevons heureusement avant de quitter Uggiano La Chiesa. Il faut dire que notre première étape a consisté comme prévu à faire le plein d'eau gazeuse à la fontaine Vivi l'acqua de la ville.

Nous voici maintenant vraiment partis pour cette journée de touring. Nous rejoignons la côte à Porto Badisco - qui cette fois-ci est vide, mais l'occasion de la baignade ici est passée, tant pis ! Notre premier arrêt est Sta Cesarea Terme dont le bâtiment thermal, justement étonne et attire le regard par ses alures mauresques.

Santa Cesarea Terme

Ici, les falaises sont hautes. Les villas et leurs jardins luxuriants sont accrochés au dessus de la mer. Pas tellement plus loin, nous dépassons la petite ville de Castro Marina et nous garons un kilomètre plus au sud, à la Cala dell'acqua viva. Il est encore tôt, il fait beau mais pas encore très chaud. Cependant, la vue de la petite crique réchauffe directement le coeur.

Cala dell'acqua viva

Nous installons nos paréos sur le sol, et nous dirigeons résolument vers l'eau claire et fraîche. L'accès est parsemé de rochers, mais l'eau est translucide et il suffit de bien regarder où mettre ses pieds avant de se laisser porter par l'eau vers les zones toujours plus profondes et plus froides. L'expérience est tellement plaisante qu'à peine sortis et presque secs au soleil, nous réitérons immédiatement.

Le temps de se changer dans partner, et nous reprenons la route vers le sud. Lentement, tranquillement, nous admirons la mer métalique que bordent de sombres falaises. Selon que les hommes y aient élu domicile ou non, elles ont un aspect luxuriant ou particulièrement inamical... Après avoir passé Marina di Novaglie, nous faisons un second arrêt à une petite plage : la cala del Ciolo. Pour la repérer, c'est simple : après le passage d'un grand pont suspendu au-dessus d'une crique, impossible de ne pas remarquer un nombre impressionnant de voitures garées le long de la route. Nous faisons comme les autres. Pour accéder à la plage située sous le pont, il faut descendre un long escalier de béton. Le pont lui-même est en béton. Rien n'est charmant d'ailleurs, mais on comprend vite malgré tout l'attrait du lieu : l'eau profonde est d'un bleu tout aussi profond. Une roche de 5 ou 6 mètres de haut émerge à quelques mètres de la plage et attire à elle tous les sauteurs et les plongeurs. Ils lui tournent autour inlassablement : plonger, émerger, grimper, plonger, ... Passée la roche, où l'eau se fait de plus profonde et de plus en plus froide, on découvre l'entrée d'une grotte. Je n'ose pas m'aventurer plus près - le noir de l'eau sans soleil me fait frissonner d'avance... Le soleil de toutes façons s'est caché : inutile de compter sur lui pour se sécher, la serviette de bain fera bien l'affaire ! Nous reprenons le volant pour la dernière étape de la matinée. Nous arrivons pour l'heure du déjeuner à Santa Maria di Leuca, c'est-à-dire spécifiquement au Santuario di Santa Maria de Finibus Terrae.

Santa Maria di Leuca

La fin de la terre... ça rappelle d'autres caps, d'autres terminus. Situé au talon de la botte italienne, le port de Santa Maria di Leuca était un lieu d'embarquement pour Jérusalem - pour les croisades, mais surtout pour les pélerinages.

Nous déjeunons sur les hauteurs, avec vu sur mer, puis visitons le sanctuaire - dont il n'y a pas grand chose à noter. Une fois notre curiosité rassasiée, nous reprenons la route par la SS274 pour éviter la ville et sa banlieue. À la hauteur de Salve, nous sortons faire un tour dans la campagne - et tombons directement sur un autre sanctuaire, moins imposant il est vrai : le Santuario di Santa Teresa del Bambin Gesù. Et juste à côté, un cimetière. Moins d'un kilomètre plus loin, un second cimetière... Les deux nous confirment qu'ici la mort est prise très au sérieux : les monuments funéraires ont la taille de petites maisons. Les détails architecturaux et la richesse de leurs décorations font visiblement l'objet de bien plus d'attention que les maisons des vivants.

Après cette petite balade dans quelques jardins potagers et champs à moitié abandonnés, nous redescendons en partner vers la mer, au niveau de la spiaggia di Pescoluse. J'ai dans l'idée de me baigner à nouveau, mais la plage sabloneuse s'étend à perte de vue avec ses eaux troubles. Après les eaux des criques, cela ne va pas être possible... nous continuons la route et snobons selon les mêmes critères les plages suivantes, y compris l'une d'elle pompeusement baptisée Lido Bora Bora...

C'est là que nous abandonnons à nouveau la route balnéaire pour repiquer vers les terres et rejoindre Ugento. Nous passons ensuite par un bled nommé Racale - et vraiment, l'endroit est complètement quelconque et désolé... Encore 10 km dans ce genre de zones, et nous retrouvons la SS274 qui devient ici une double voie pour desservir la « grande » ville de Gallipoli. La route nous a semblé interminable sur ce tronçon : il nous a fallu pas moins de 2h30 pour arriver au niveau de Gallipoli. Nous dépassons cette dernière pour atteindre le petit village côtier de Santa Caterina, frontalier du parco naturale regionale Porto Selvaggio.

Nous garons partner dans une rue qui descend vers la mer, et empruntons un sentier à flanc de coline qui entre dans le parc... Après avoir dépassé les dernières villas, nous cheminons dans une pinède jusqu'à atteindre un belvédère.

Le belvédère du parc

De là, un grand escalier nous ramène au plus près de la mer - nous gardons en tête que tout ce qui est descendu sera remonté.

L'escalier pour rejoindre les plages

Encore un petit effort, et nous arrivons à une plage de galets : la Spiaggia della sorgente. L'eau est fraîche, on pourrait presque dire froide, surtout au niveau... de la source ! qui semble surgir directement dans la mer. Plage de la source

Au retour, après la montée interminable de l'escalier, nous tentons de varier un peu le chemin et revenons par un sentier au plus proche de la mer qui nous fait passer par la Rotonda - une tour fortifiée... carrée.

Il est temps de trouver de quoi manger et de rejoindre la Masseria du soir située près de Galatone. Le hasard nous fait passer près d'un stand de fruits et légumes, une simple remorque au cul d'un tracteur placé en bord de route. Parfait ! Le vendeur est de bonne humeur (comme tous les gens ici, non ?) et a la main lourde (même remarque ?...), il est en train de refourguer un maximum de fruits au couple juste devant nous, tout en expliquant que s'il rendre avec trop de marchandises sa femme va l'engueuler... il joue bien l'italien, tiens !

Arrivé notre tour, il va sans dire que nous repartons avec bien plus de tomates, pêches ou raisins que nécessaire, mais au passage nous avons aussi appris à manger des figues de barbarie, et acheté du vin local embouteillé dans une banale bouteille d'eau en plastique...

Nous poussons jusqu'à Galatone pour tenter d'acheter malgré tout un peu de taralli et de charcuterie pour ce soir. Après quelques difficultés pour se retrouver dans cette petite ville engorgée de voitures et assez moche, nous tombons sur un eurospin. Une première, et une dernière, car ce supermarché bas de gamme nous a bien dégoûté - rayonnages, produits, lumière blafarde des néons... la zone !

Nous découvrons ensuite notre hébergement de ce soir : l'agroturismo Tenuta del Morige. Il est situé au bord d'une route plutôt passante... et les chambres sont loin d'être luxueuses - c'est même tout l'inverse : propre, mais sans aucun charme, avec un mobilier très bas de gamme, et une douche... eh bien, semblable à toutes les autres de la région. Cependant le propriétaire a l'avantage d'être charmant, de parler français (complètement incroyable) et même, d'être vraiment agriculteur : il a des champs d'oliviers et produit de l'huile d'olive. En plus, il a recueilli un bébé chat mal en point, et là, ça lui fait gagner mille points de sympathie directement !

Pour ne pas subir les moustiques, nous mangeons dans la chambre et nous couchons relativement tôt... même pour des vacanciers de septembre.