Et jusqu'à Ostuni
Vendredi. Nous prenons pour la première fois un petit déjeuner « à l'hôtel » dans la masseria : il se prend au rez-de-chaussée, dans une grande salle voûtée toute en pierres. L'ambiance donne envie de s'attarder, et ce qu'on nous propose à manger encore plus. En particulier, la maman vient d'amener une foccacia aux tomates cerises encore chaude et absolument délicieuse... nous lui demandons la recette, dans l'espoir un peu fou d'arriver à reproduire ce goût incroyable avec la farine et les tomates qu'on trouve par chez nous (aucune chance...).
Vendredi : nous reprenons la route touristique vers Locorotondo. En chemin de nombreux truli parsèment la campagne, mais la petite ville ne nous semble pas présenter trop d'intérêt après ce que nous avons vu hier. Nous passons jusqu'à Martina Franca et garons partner pour une longue promenade dans cette autre ville blanche située sur une coline. Son style est baroque classique, ni fade ni exubérant. La ville est agréable et incite à s'attarder.


Juste à la sortie de la vieille ville, nous avisons une marchande de fruits dont l'étalage déborde de pèches énormes et de grappes de raisins d'une taille plus que respectable... rien n'est cher, et nous lui faisons part de nos impressions sur ce pays de cocagne qui est le sien. Et c'est parti pour une longue discussion ! Les gens d'ici ont le contact vraiment facile. Elle nous suggère bien sûr de nous installer, si ce n'est que selon elle il faut pour bien vivre ici être retraité : trouver du travail ici est le problème numéro un, qui pousse tout à chacun à l'exil.
Nous quittons Martina Franca avec l'idée qu'il serait bien agréable effectivement d'être retraités ici. Nous reprenons maintenant la voiture vers la mer pour une petite randonnée chinée sur internet : elle part de Montalbano di Fasano, où un « Albergabici » sert de « centro visite del Parco Naturale Regionale Dune Costiere da Torre Canne a Torre San Leonardo ». Oui, le nom est à ralonge... Je l'ai trouvé dans plusieurs sites qui proposent des voyages organisés de randonnée dans les Pouilles. Le tracé devrait faire une douzaine de kilomètres à travers des oliviers séculaires et quelques masseria - les fermes fortifiées - , et nous amener même jusqu'à la mer.
Nous partons un peu après midi, et arrivons très rapidement à un mégalithe : le dolmen di Montalbano (ou Tavola dei Paladini). C'est amusant de voir un dolmen non pas en granite, mais en calcaire... Au sol, en plein champ, nous foulons aux pieds des fossiles d'un autre temps.

Après ce départ étonnant, les choses deviennent plus compliquées. Il fait chaud, très chaud, nous marchons en plein cagnard. Les champs alentour ne présentent pas trop d'intérêt, et quand nous arrivons en vue de l'adriatique, c'est pour longer la SS379, une quatre voies à la circulation plutôt fournie. Le sentier est ridicule et inintéressant pendant près de 2 km, avant qu'on ne puisse traverser par un passage souterrain. En fait, en guise de passage, il s'agit d'une sorte de déversoir - pas un égoût, mais presque : de quoi canaliser les eaux quand il pleut... C'est pas glamour mais cela nous évite de continuer plus longtemps. Nous voici donc au lido Morelli. Les parkings sont vastes mais vides, quelques bicoques en bois font penser que l'endroit est courru en été pour boire un verre ou manger en bord de plage. La plage quant à elle ne mesure que quelques mètres de large avant de plonger dans une mer rendue furieuse par un vent violent que nous n'avions pas ressenti aussi fort dans les terres. Des planchistes en tirent profit et filent rapidement sur les vagues.
Après avoir pris notre content de vent et de sable, nous revenons dans les terres via notre passage souterrain hasardeux, et reprenons la boucle. Après quelques champs de tomates, une variété locale de petites grappes qu'on voit sécher par pieds entiers aux porches des maisons, et après avoir dépassé la Masseria Francesco, nous arrivons enfin dans des champs d'oliviers séculaires.

C'est là que nous prenons notre pause déjeuner, complètement exténués par la chaleur. Une fois rassasiés, nous reprenons la marche : figuiers, figuiers de barbarie, pommiers sauvages, ... les haies d'ici nous intriguent. Après avoir longé une voie ferré, nous bouclons la boucle et revenons à la maison d'information du parc. Le wifi est gratuit mais ne fonctionne pas bien - j'ai un mal de chien à trouver l'hébergement de ce soir, et surtout à le réserver : il semblerait que la page ait planté juste à ce moment. Dans le doute, je n'insiste pas : nous décidons d'y aller directement. À peine 10 km de voiture, et nous voici à Ostuni, la ville étape de ce soir. Nous trouvons rapidement le « Centro Spirituale della Madonna della Nova » - cela ne s'invente pas. C'est un grand bâtiment situé à l'extérieur de la vieille ville, à peine excentré sur les boulevards du sud de la ville. Sur internet, l'endroit a l'air d'accueillir tout à chacun, et pratique des tarifs défiant toute concurrence.
Évidemment, la réservation n'a effectivement pas fonctionné, mais ce n'est pas un problème : il y a effectivement des chambres de libre. La chambre, justement, est une fois de plus d'une hauteur sous plafond impressionnante. Le lit est matrimonial - impensable encore il y a peu pour un couple non marié, surtout dans un tel établissement ! Par contre l'évacuation de la douche est un peu bouché, le pommeau de douche aussi d'ailleurs.
Une fois propres et un peu reposés, nous repartons à pied cette fois-ci pour une soirée touristique à Ostuni. Encore une ville blanche ! Mais au cachet bien différent de celle de ce matin : plus vieille, ou plus rustique, peut-être. Très touristique, en tout cas : après avoir traversé des quartiers d'habitation tout ce qu'il y a de plus italien et plutôt vides de vie, la vieille ville attire la foule et bruisse de vie.
Effectivement, l'endroit est charmant - pour peu qu'on ait des jambes : rues en pente, escaliers, fortifications, ça monte et ça redescent, et ça remonte... Et dans tout cela, nous peinons à trouver un restaurant qui ne semble ni un attrappe-touriste, ni ne soit complet. Autant dire qu'on met du temps à se poser et qu'on parcourt la ville de long en large. Pendant ce temps, le soleil se couche et les éclairages publiques donnent une dimension toujours plus féérique à la ville.


Quand finalement nous choisissons un restaurant, plutôt par dépit que par choix d'ailleurs, nous comprenons rapidement que notre choix n'est pas bon. D'abord, le serveur est chiant. Ensuite, la carte n'est plus à jour - il faut la consulter sur internet, ce qui ne nous arrange pas avec nos téléphones français. Enfin, comme la carte n'est pas à jour, nous découvrons que le seul plat qui intéressait Antoine n'est plus proposé... Sur les conseils du serveurs, il se retrouve avec un plat de pâtes aux cime di rape - la spécialité locale.
J'avoue que nous n'avons jamais mangé un plat de pâtes aussi mauvais ! Et non seulement ce n'est pas bon, mais cela reste à la fois accroché aux papilles, et sur l'estomac. Pour faire passer, nous reprenons la balade, et cette fois-ci nous sortons de la ville fortifiée pour admirer les remparts.

Après quoi, il est grand temps de nous rentrer au Centro Spirituale... Quand nous arrivons, un groupe de gens sortent tout juste de la salle du restaurant - vu leur mine réjouie, nous avons presque quelques regrets de ne pas être restés manger sur place ! Mais nous avons fait le choix de visiter la ville, allez, nous ne sommes quand même pas là pour visiter le centre spirituel ! Juste derrière, un petit bar. Allez, nous poussons le vice à nous installer et demander un digestif dans ce très saint établissement.

L'homme qui était à l'accueil tout à l'heure arrive, et nous sert un amarro et un limoncello tout en discutant. Il s'éclipse et revient... avec une assiette garnie de petits encas frits. Il a décidé de nous faire oublier ce mauvais plat de pâtes ! Il enchaîne ensuite avec d'autres petits légumes, visiblement le cuistot d'ici connaît son métier... et finalement, nous avons même droit au dessert. Et un paquet de gauffrettes (bientôt périmées). Et deux paquets de bonbons (idem). Offerts par la maison. Avec le sourire. Et avec la papotte en prime : nous discutons avec un iranien installé depuis 8 ans en Italie. Il nous raconte que le mot « merci » n'existait pas dans leur langue, et que donc les iraniens disent « merci », en français. Il nous parle de ses projets d'avenir - peut-être apprendre le français justement, et filer au Canada. Nous passons un bon moment, et vraiment, l'iranien nous a sympathiquement sauvé la soirée, et pas seulement pour ce qui est du culinaire.