Lecce et les oliviers
Samedi. Nous prenons un solide petit déjeuner dans le centre spirituel, et attaquons la route vers Lecce : environ 70 km, une heure de trajet auquel il faut ajouter le temps de se trouver une place de parking. Nous trouvons rapidement et en plein centre, près du jardin public Giuseppe Garibaldi : grand luxe. Quelques pièces dans le parcmètre : il est 10h.
Nous entrons dans le centre par le Castello Carlo V, et une grande place qui entoure l'amphithéatre romain - ici comme à Rome, les différentes époques se côtoient. Nous remontons ensuite une petite voie commerciale piétone, la Via Vittorio Emanuelle II - touristes, échoppes, restaurants, mais pas seulement, Lecce est une vraie ville avec de vrais habitants, des rues bruyantes et des venelles tranquilles, et des cours privées parfois offertes aux regards...


Mais Lecce c'est aussi et surtout la ville des églises baroques. Il aurait été dommage de se contenter des façades - souvent fort belles, au demeurant - alors nous prenons le ticket d’entrée jumelé valable pour les principales églises (18 € pour nous deux).


Le style est moins lourd et obséquieux que j’imaginais - c’est riche, lourd, mais affreux comme d’autres églises baroques. C’est peut-être la dominante des blancs qui rend la multiplication des détails acceptable... et même disons-le, souvent très réussie.
Il est midi et il ne nous reste que la Basilique Santa Croce à visiter - or il s'y déroule actuellement un enterrement. Pour patienter, nous choissons un petit établissement dans la rue voisine, où manger une bruschetta en terrasse. Je choisis la mienne aux anchois, et je n'en ai jamais vu d'aussi gros. Durant le déjeuner, une jeune femme africaine, boubou coloré et panier dans les mains, gamin accroché dans les bras, tente de me vendre des bricoles. Sénégalaise, elle se prénomme Assomption et parle un peu français. Je lui prends quelques breloques histoire de. Sa présence rend le serveur complètement fou, surtout quand elle me prend le bras pour une petite incantation de bonne fortune ! La peur du COVID et peut-être surtout du non-respect des règles sanitaires est visiblement bien présente ici.
Après la visite de notre dernière église, nous repartons vers 13h30 : il est temps de voir un peu de campagne. Nous prenons la route vers Muro Leccese : un peu plus d'une demi-heure de voiture, et nous garons partner dans le parking du jardin "La cutura" - qui se trouve être fermé. Après un petit repérage des lieux, nous commençons la randonnée plus ou indiquée sur internet et que j'ai reconstituée à l'aide d'OpenStreetMap. Nous croisons un dolmen, une « massa », une crypte (la Cripta di San Giovanni, datée d'environ 900, est passée du rite byzantin à Giovanni Crisostomo - ou Jean d'Antioche - au rite latin avec une représentation du Baptiste vers 1400), ... et surtout, surtout, des oliviers morts.

À vrai dire, nous avions remarqué en route, à partir de Brindisi déjà peut-être, que certains champs semblaient avoir brûlé. D'autres vraiment en mauvaise forme. Et à vraiment y faire attention, en fait plus un seul arbre n'était plus en bonne santé : parfois quelques branches subsistaient, parfois quelques branchages repartaient de la base, parfois seul le bois mort se dressait encore. Et parfois les propriétaires avaient tronçonné leurs arbres centenaires à leur base. Quelques uns avaient replanté. La plupart semblaient avoir abandonné...

Une petite recherche sur internet, et voilà qu'on se souvient d'une actualité qui n'était qu'information lointaine, et qui prend toute sa dimension ici : Xylella Fastidiosa, la bactérie tueuse d'oliviers, sévit ici. Elle est transportée par un petit insecte piqueur, la citadelle, et se propage rapidement du sud vers le nord. Détectée en 2013 pour la première fois, ses ravages sont déjà considérables et menacent toujours plus d'exploitations chaque année.
Après cette bien étrange randonnée en terres dévastées, nous reprenons la voiture pour nous diriger vers Otranto, notre ville étape du soir. C'est une petite ville fortifiée qui donne sur la mer, et qui propose visiblement tout ce qu'il y a de plus balnéaire : plage, plaisance, restaurants sur plage, balade lungo mare, ... Garés au nord ouest de la ville, nous marchons vers le port puis à travers le vieux centre, jusqu'à trouver un point information pour trouver de quoi nous loger ce soir. Un mauvais point pour nous : nous n'avions pas anticipé qu'en cette fin de semaine, ce serait la cohue...
Les quelques adresses qu'on nous propose sont complètes, il ne nous reste plus qu'à nous rabattre sur booking qui nous trouve une réservation à la Masseria Fabrizio. L'endroit n'a de Masseria que le nom : en fait, c'est un ressort ! Pas complètement bas de gamme, mais certainement pas une ferme fortifiée. Cela fera l'affaire pour ce soir : nous dînerons même sur la petite terrasse sur jardin, avec sa table et ses chaises en plastique. J'ai du mal à m'imaginer passer une semaine de vacances ici... Et comme dans toutes les autres adresses que nous avons essayé, la douche se montre capricieuse : le pommeau est à moitié cassé, et la pression inexistante.
Mais au moins, la litterie est confortable, et la climatisation rend l'atmosphère respirable et même très dormable. C'est tout ce qu'il nous fallait pour recharger les batteries !