Majella : du Rif. di Marco à Caramanico Terme
Ce matin, nous nous réveillons dans le froid et la quasi-obscurité : c'est seulement à travers le trou de la serrure de la porte en métal du refuge que la faible lumière d'un matin gris arrive jusqu'à nous...
Hier, depuis le petit mont qui surmonte le refuge (1747 m), nous pouvions voir de loin la ville de Pescara et le bleu de la mer adriatique s'étendre à nos pieds... Mais ce matin, ça bruine, les nuages sont bas, il n'y a rien d'autre à voir que le gris du ciel et les pâturages brunis par l'automne. Pire, les deux structures lugubres en béton, destinées autrefois à enfermer du bétail, s'élèvent tristement, surdimensionnées et abandonnées.

Pour se donner du courage, le remède qui fonctionne à tous les coups, c'est un bon petit déjeuner composé de thé chaud, de muësli, et d'un peu de biscuit des Abruzzes ! Une fois les sacs faits et le quelque mobilier du refuge remis à sa place originale, nous pouvons refermer les portes derrière nous et reprendre la route - il est 8h30.

Ce matin, nous commençons par redescendre jusqu'à la fontaine toute proche - en chemin, Antoine compte 5 biches, moi, je ne vois rien ! Le temps de faire un peu de vaisselle dans l'eau gelée, de remplir les bouteilles, et la pluie se calme, puis s'arrête, presque conformément aux prévisions météo.
Notre parcours aujourd'hui est encore flou, il dépendra de la météo et notre bonne volonté... seule certitude, il serait bon d'arriver à Caramanico Terme et d'y retrouver Partner !
De la fontaine Centiata, nous suivons le sentier "S" (pour Spirito) vers l'Ermitage de San Giovanni, qui devrait être le clou du spectacle du jour. Après un court passage sur les crêtes, le sentier bifuque en une descente rapide à travers la forêt, à vrai dire la pente est tellement raide qu'une partie du sentier se transforme en un escalier de marches inégales taillées à même la roche... avec toute cette pluie, elles sont humides et glissantes ! Encore quelques centaines de mètres, et nous voici à l'ermitage.

L'accès à l'ermitage est creusé à flanc de falaise, sur 50 cm de largeur à peine, et sans rien pour sécuriser la progression. La curiosité l'emporte, et nous grimpons jusqu'à la première marche, puis progressons avec précaution, collés à la falaise... car le sol s'éloigne deux fois plus vite que ne monte l'escalier : il se creuse pour former un autre abri sous la falaise.
A la fin des marches, nous sommes à une vintaine de mètres au-dessus du sol, sur une toute petite corniche. Face à nous, un passage digne d'un film d'Indiana Jones nous sépare encore de l'ermitage : le plafond en roche de la corniche s'abaisse de telle sorte qu'il n'est possible de passer qu'en rampant. Je débranche quelques câbles dans le cerveau, et je me lance.

Vu la largeur, difficile de se tortiller à la manière des militaires pour avancer, je tire donc sur les bras en tirant profit des infractuosités du sol. De l'autre côté, l'ermitage ne se compose que de deux petites pièces austères, un petit autel, une table creusée à même la pierre, et une cavité qui communique avec la partie abritée sous la falaise.
Il ne reste qu'à faire demi-tour : respirer un bon coup, ne pas regarder en bas, et tirer à nouveau sur les bras. La descente des escaliers à moitié mouillés par la pluie me demande aussi un petit effort psychologique... mais cette petite aventure valait bien sa peine. Nous reprenons la route au pied d'autres falaises, à travers une belle forêt de hêtres.

Nous descendons ainsi jusqu'à environ 1400 m d'altitude, où le sentier S s'enfonce dans le val Santo Spirito. Le temps est toujours moche et froid, et nous décidons de bifurquer sur le sentier B1 pour rejoindre le village de Decontra par les crêtes.
Au fil de notre descente, nous repassons sous une météo plus clémente, laissant derrière nous les nuages accrochés aux reliefs. A l'approche de Decontra, il commence même à faire assez chaud pour laisser tomber kway et polaire... la fête ! Dans les champs que nous traversons, des criquets s'envolent à chacun de nos pas, et nous observons de nombreuses mantes religieuses, de taille et de livrée différentes.

Nous prenons une pause dessert juste après le village et en nous installant sur un rebord de champ nous évitons de justesse cette magnifique bestiole, un genre de mini-tarantule.

Le sentier descend de Decontra (envion 800 m d'altitude) jusqu'au fond du Valle Orfento, au pont San Benedetto (650 m). Il passe à flanc des falaises, dans un environnement surchauffé de soleil. Le contraste avec ce matin est saisissant !

Nous terminons enfin la randonnée par le même tronçon sympatique qu'hier matin, torrent, petits ponts de bois, et végétation étouffante...

Il est 17h45 quand nous arrivons au pont de Caramanico Terme. Partner, fidèle au poste, nous attend. La prévision météo pour demain est mauvaise - pluie, pluie, pluie. Nous commençons à envisager de rester ici ce soir, et partons en quête d'un hôtel... cela va s'avérer mission impossible : la petite ville de thermes est passée en mode hors saison, et le seul hôtel ouvert est un hôtel de luxe à des prix complètement prohibitifs.
Il n'est pas 19h et la nuit tombe déjà... nous nous décidons à transformer l'intérieur de Partner en mode "lits" pour qu'il soit prêt, et partons en direction de la mer, à la recherche d'abord d'un restaurant puis d'un endroit calme où dormir.
Sur notre route, les rares restaurants ouverts sont vides... nous entrons alors dans la ville de Chieti pour faire basculer la chance. En plein centre, nous trouvons un petit restaurant correct et aux prix si bas qu'on se demande comme ils vivent : pizza calzone à 6€, pasta aux vongoles à 4,50€... c'est fou !
Après cette petite halte, nous partons vers la campagne à la recherche d'une place calme, sans éclairage public, et surtout, assez plate pour dormir. Ce sera un peu long à trouver, mais finalement nous dormons près de Villamagna, sur le parking d'un terrain de sport. Pas glamour, mais pour cette nuit ça ira !






































