Abruzzo : de Campitelli à Val Canneto
Comme chaque soir, il nous faut redescendre pour bivouaquer en dehors du parc, chaque matin, il nous faut remonter. Aujourd'hui, c'est par le sentier L1 que nous rejoignons les alpages, à nouveau dans une forêt, mais sans qu'on n'entende le moindre brâme...

Une fois sortis du bois, la vue porte loin dans un cirque immense que domine le Monte Meta - ainsi nommé parce que par beau temps, on peut depuis son sommet voir sur chaque côté de l'horizon les deux mers qui entourent la botte.

Nous appercevons rapidement un petit groupe de biches escortées d'un cerf, ils broutent tranquillement sur les monts qui nous dominent. Nous parcourons encore quelques centaines de mètres, et c'est maintenant pas moins de 42 biches que nous dénombrons !

A leurs côtés, deux cerfs se livrent un combat de vocalises pour remporter la mise... l'un d'eux abandonne finalement, et rejoint d'un pas vif la crête à la recherche d'autres conquêtes.

Observer les animaux prend du temps, et nous prenons notre pause midi au pied du Monte Meta, bien exposés au soleil et à l'abri du vent. Quand nous reprenons la route, son sommet est dans les nuages, et nous décidons de nous passer de son ascension - d'autant plus qu'au loin, l'air est loin d'être clair.
C'est sur les hauteurs du Passo dei Monaci (1967 m) que nous croisons deux troupeaux, l'un de chèvres, et l'autre de moutons bigarés. Ces derniers sont gardés par d'énormes chiens des abruzzes, et deux bergers accompagnent les bêtes.

Nous descendons légèrement le long d'un vallon rocailleux en suivant le N1, avant de bifurquer sur le K3 qui suit le fond du val Pratolungo (1848 m). Vers la fin, le marquage est tellement difficile à suivre que nous mettons beaucoup de temps à valider chaque avancée... Nous trouvons finalement les traces qui nous font continuer la route à flanc de montagne, avec un sentier en balcon.

Posté en plein sur le chemin, un troisième troupeau de chèvres broute tranquillement : nous le traversons avec précaution, et heureusement les chiens ne semblent pas nous en vouloir de semer un peu la panique parmi les caprins.
Nous apprécions les denières vues sur les crêtes, car bientôt ce sera la redescente à travers la forêt. A sa lisière, l'automne commence seulement à frapper, mais la majorité des arbres est encore bien verte.

Le sentier est à nouveau difficile à suivre, et nous hésitons longuement, parcourant parfois de fausses pistes créées par les vaches avant de faire marche arrière, perdus... Il nous faut une bonne quinzaine de minutes un peu stressantes pour identifier la petite source ci-dessous, qui nous permet de refaire le plein d'eau.

A vrai dire, ses abords sont piétinés par les vaches et pleins de bouse, ce qui nous fait hésiter quelque peu à nous y désaltérer ! Mais un panneau posé à proximité finit de nous convaincre. Il y est écrit :
> L'amore per la montagna portò, l'11 luglio 1985, Sua Santita Giovanni Paolo II° presso questa sorgente.
> Assetato, raccolse una scatoletta di carne vuota, la lavò et l'adoperò come bichiere.
> A ricordo - La compagnia di Pizzone - In pelligrinaggio a Canneto
> Fonte Chiariglio 19 agosto 2007
Alors, si JP2 a bu à cette source, faisons de même ! Nous avons malgré tout versé quelques goutes de micropur dans l'eau...
La descente peut maintenant commencer : nous sommes encore à 1800 m, et nous devons rejoindre, via le sentier N3, le Val Canneto, 800 m plus bas - ce qui est assez éprouvant pour les jambes avec le sac aussi lourd !
De loin, nous appercevons une étrange structure blanche au fond du val, et peut-être d'immenses parkings, ce qui nous semble quelque peu incongru en cet endroit.
C'est à 17h30 que nous rejoignons le lieu du campement : un immense espace arboré amménagé pour le pic nic, avec à nouveau des barbecues en maçonnerie, des tables et un point d'eau mis à disposition. Nous comprenons la raison de cet aménagement : une église moderne de la taille d'une basilique, le Sanctuaire de la Madonna di Canneto, qui fait l'objet d'un pellerinage au mois d'août. L'unique chose qui nous chiffonne : tout est interdit ou payant - enfin, en saison uniquement, et peut-être au vu de l'affluence des pellerins.
Sur chaque table, un papier indiquant "5 €" est punaisé. Il est interdit de camper en dehors du camping, interdit de faire du feu en dehors des BBQ, il est même interdit de se promener ! Un avis placardé à proximité du sentier, annonce que du 20 juillet au 4 septembre, il est interdit d'emprunter les sentiers, sauf les seuls L1, M1 et N1 sous réserve d'être accompagnés d'un guide et du respect d'un quota de 80 personnes par jour... bien sûr, les coordonnées de la seule société privée pouvant délivrer le précieux sésame sont fournies.
Pour ce soir, rien de tout cela ne nous concerne, et nous partons à la recherche du poste idéal pour le campement. Rebelotte : recherche de bois, montage de la tente, ... Je choisis un foyer et m'apperçois avec surprise qu'il présente des cendres encore chaudes et même... quelques braises cachées dessous. Cela va nous faciliter grandement l'allumage pour ce soir !

Au menu ce soir, à nouveau du risotto : à la courge cette fois-ci. Nous terminons le repas dans la nuit noire, à la lumière du feu... au-dessus de nous, les étoiles brillent, et quelque part, on entend un hibou et un cri de provenance inconnue... mais pas de renard pour ce soir : nous avons pris soin d'accrocher la nourriture dans les branches d'un arbre !