Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

jeudi 29 sept. 2016, 21:32

Abruzzo : de Barrea à Campitelli

En ce premier jour de randonnée itinérante, nous avons beau nous intéresser aux concepts de la "MUL" (Marche Ultra Légère), nous sommes malgré tout plutôt chargés comme des mulets : ça pèse 13 kg sur le dos d'Antoine et 15 sur le mien. Nous n'avons pas l'habitude, et ce poids est une des principales incertitudes de cette petite aventude.

Pourquoi un sac presque deux fois plus lourd que les MULS ? D'abord, parce qu'il y a le confort : je ne supporte pas d'avoir froid, aussi pour tout ce qui concerne le campement, j'ai toujours privilégié le chaud sur le poids - dans les limites du raisonnable, bien sûr. En montagne, en cette saison, mieux vaut prévoir de pouvoir se vêtir chaudement : polaire, doudoune, gants, bonnet, ...

Ensuite, on part pour 4 jours, et nous avons de la nourriture pour tenir : des choses raisonnables en ratio calorie/poids comme les soupes et risotto lyophilisés, les tablettes de chocolat des pauses ou les müeslis du petit déjeuner, mais même avec un aussi bon ratio, certains aliments "plaisir" sont pesants : cake salé, saucisson, fromage, pain, cookies, ...

Enfin, nous partons avec nos appareils photo et... ils sont loin d'être légers ! Ajoutez à cela les jumelles, le kilo d'eau de la journée, et même les 1,7 kg du sac à dos lui-même, et voilà.

Tout cela pour dire : nous partons chargés. Depuis le camping Cole Ciglio (1022 m) nous longeons la rive sud du lac de Barrea, à la recherche de l'embranchement avec le sentier "J2", que nous ratons une première fois... notre attention est accaparée par deux petites troupes de biches accompagnées chacune d'un cerf, qui prennent le soleil dans des prés au bord du lac...

A proximité de Barrea, nous finissons par faire marche arrière, et trouvons finalement le départ du sentier. Le J2 est un sentier en rocaille blanche mal pavé qui quitte les rives en direction du sud-ouest, et monte allègrement dans la pente : nous passons des pâtures souvent entretenues et parfois abandonnées, quelques bouquets d'arbustes buissonnants... un grognement sur notre gauche attire notre attention à temps pour apercevoir un sanglier détaler.

Après une demi-heure de marche sous le soleil qui nous a bien réchauffé, nous atteignons le K6 que nous suivons vers le sud-est, pour rattrapper le K4 qui longe tout le fond du val de Resione : nous sommes à l'ombre des arbres toute la matinée. Pas très loin de nous, le brâme d'un cerf nous accompagne dans notre ascension... jusqu'à ce qu'on atteigne un petit col (1542 m), où surprise, une vingtaine de vaches se baladent - il n'y a pas un seul brin d'herbe dans ces sous-bois.

Encore quelques efforts, et nous atteignons les alpages du Lago Vivo (1591) qui n'a de Vivo que le nom (jugez-en vous-même, le lac, c'est la tâche maronasse sur la photo ci-dessous). Nous trouvons la Fonte dei uccelli (source des oiseaux - non signalée sur notre carte papier mais que nous avions repéré sur OpenStreetMap) à laquelle nous reconstituons nos réserves d'eau, et nous arrêtons pour notre pause déjeuner.

Lago Vivo

Ne cherchez pas les roches dolomitiques sur cette photo, le parc des Abruzzes en est très peu pourvu... Les montagnes dans cette zone culminent à 2200 m maxi : c'est de la grosse coline, essentiellement recouverte d'une très belle forêt de hêtres et d'alpages.

Après la pause, nous trouvons rapidement un sentier de liaison entre le K4 et le K3 (une fois de plus, signalé sur OpenStreetMap mais pas sur la carte papier...), et après être montés à environ 1700 m d'altitude, nous redescendons le Val Porcile, entourés de hêtres et accompagnés par le brâme presque permanent des cerfs. Nous en apercevrons 3 sur notre chemin, dont un jeune, visiblement la tête ailleurs et tout surpris de nous croiser à moins d'une vingtaine de mètres.

Jeune cerf

Vers 1200 m d'altitude, nous bifurquons à nouveau sur le L2, qui nous fait passer dans une zone de travaux forestiers mal indiqués et qui défoncent littéralement à grand renfort de machinerie motorisée toute une aire boisée dont celle du sentier... Vers 17h, nous arrivons à la grande esplanade de Campitelli (1445 m), située en frontière du parc, et où le bivouac est autorisé.

Nous faisons le tour du propriétaire, et rescensons encore 5 ou 6 voitures sur le parking, une baraque abandonnée, un refuge fermé, et deux zones de pic nic avec plusieurs barbecues en maçonnerie. Nous nous installons près du refuge, qui a pour avantage de proposer un point d'eau à moins de 100 m.

Popotte à Campitelli

Nous voici donc à ramasser toutes les branches de bois mort qui traînent autour du campement, et Antoine trouve des chardons secs qui font parfaitement office d'"allume-feu" - nous n'avions pas pensé que nous pourrions faire un feu de camp, et sommes partis uniquement avec notre briquet pour le réchaud à alcool.

Nous voilà soudain les rois du pétrole : notre tente installée, une table de pic nic, un feu de bois avec de quoi l'alimenter plusieurs heures... nous poussons le luxe jusqu'à chauffer de l'eau pour se faire une petite toilette avant le dîner. Ce soir, ce sera risotto - car il faut mijotter 1/2 litre d'eau pendant 20 bonnes minutes, et ça, c'est bien plus facile de le faire sur le feu plutôt que sur notre mini réchaud.

Le soir tombe rapidement, et vers 20h il fait déjà nuit : nous finissons notre repas à la lueur du feu de camp, puis ne tardons pas à nous coucher. Pas si loin, un cerf continue de brâmer par moments, mais la nuit est beaucoup plus silencieuse ici qu'à Barrea... plus sauvage ? Malgré la présence de loups et d'ours dans le parc, nous ne nous sentons pas inquiets. Nous nous interrogeons plutôt sur les renards, et à vrai dire... avec propos.

En pleine nuit et alors que j'étais en plein rêve, je me réveille, alertée par une manipulation qui me semble quelque peu frénétique de la tente : comme si quelqu'un voulait absolument entrer. Antoine ? C'est toi ? Mais non, Antoine dort à côté de moi - enfin, maintenant, il est réveillé. Oh oh... les bruits continuent, la tente est secouée !

On n'y voit rien là dedans, vite, la frontale, j'allume, - zut, elle est en mode "lumière rouge" pâlotte -, et regarde à travers la partie mousticaire : plus de sac à dos. Ou plutôt, le sac est en train de partir sous le double toit ! J'ouvre rapidement la tente puis le double toit, et tombe nez à nez avec un joli renard, le museau sur mon sac, le tout à portée de main. Je récupère le sac vite fait, et essaie de faire comprendre au renard à coup de grands gestes qu'il faut pas rester là, aucune chance qu'on lui laisse le sauciflard ! Il tourne encore un peu autour de nous, puis s'en va pour de bon.

Un dernier coup d'oeil dehors pour apprécier la vue du ciel étoilé, et pour plus de sécurité, on rentre le sac dans la tente, et on referme tout. Il est 04h du matin... Nous ne serons plus dérangés de la nuit.

Campitelli

Le lendemain matin, l'esplanade est recouverte de brume qui va disparaître doucement avec l'arrivée du soleil, vers 7h30... tout est calme. Bientôt, un groupe de vaches sort du bois pour boire aux quelques marres résiduelles, puis quelques chevaux les rejoignent et viennent paître à proximité de notre campement. Nous, nous prenons notre temps pour nous faire chauffer un thé sur le réchaud, prendre un petit déjeuner énergétique et ranger notre paquetage. A 9h00, nous sommes fin prêts pour notre deuxième journée.