on fait les Cadore
Jeudi.
La pluie tombe sans discontinuer depuis que nous sommes rentrés à l'auberge hier soir. Ce matin, nous sommes prêts rapidement, et descendons prendre le petit déjeuner - il y a un choix relatif, mais la salle est un peu spartiate. Nous remarquons que le jeune homme arrivé la veille en vélo rando petit déjeune seul à une table, le nez rivé sur son portable : j'entame la conversation. Le gars vient des pays baltes (il a un accent anglais assez incompréhensible), il a donc traversé en ligne droite jusqu'à Venise, en traversant les alpes via Innsbruck. Maintenant il se demande par où repartir, Brenner ou plus loin, vers la Suisse, car une perturbation arrive et il n'a pas trop envie de prendre la pluie. Comme on le comprend !
Nous quittons Vicenza par le nord, cafouillons un peu en nous engageant sur l'autoroute (que nous ne sommes pas sensés prendre), et finalement mettons le cap sur Bassano del Grappa (en plein embouteillage), puis empruntons une toute petite route (SP72) vers Fontanelle, le bled où sont produites artisanalement les chaussures Bioline. Le temps est gris et pluvieux, la route semble interminable, pourtant nous ne sommes pas bien loin ! Finalement, nous trouvons l'usine, et le magasin d'usine. Nous sommes un peu déçu par le manque de choix - en fait, il nous semble que quand on commande sur le site, ils sont capables de lancer la production du modèle dans la couleur exacte demandée, mais qu'ici nous n'avons accès qu'à ce qui est déjà en stock, et le stock dans chacune des tailles est assez variable. Nous repartons quand même avec une paire chacun, qu'il était effectivement important d'essayer : c'est le côté artisanal de la chose... en fonction du modèle, la taille habituelle correspond... ou pas.
Nous reprenons la route vers Belluno, et la pluie s'intensifie encore. Nous faisons une pause au grand Super W de Belluno, que nous trouvons plutôt cher. Nous allons manger devant le magasin Kiwi en attendant son ouverture. À 15h, sitôt ouvert, nous voici à écumer le rayon des chaussures de marche, mais il est assez vide - nous ne trouvons pas notre bonheur. Pas plus de chance pour les bâtons de marche. Seul point positif : le magasin propose toujours des toilettes en accès libres.
Nous reprenons la route vers le Cadore, toujours sous la pluie torrentielle... à tel point que j'ai les yeux sur la route, je ne vois pas grand chose de ce qu'il y a autour (d'ailleurs, avec les nuages il n'y avait sans doute pas grand chose à voir). Nous arrivons finalement vers 18h au Camping Europa à Auronzo. J'avais annoncé une tente, mais vu le temps finalement nous dormons en Partner - la proprio gérante ne trouve rien à redire, même si elle nous a attribué du coup un emplacement tente, et qu'on dénote un peu sur les quelques rares voisins qui vont dormir, eux, dans des tentes.
Le temps de s'installer, on s'interroge : que faire ce soir ? Grignotter dans Partner, puis prendre une douche pour se réchauffer ? Nan, on s'offre une pizza à la pizzeria juste à côté, qui appartient au camping. Plein d'avantages : on est au chaud, ambiance cosy, on met le portable à charger, on mange bien et pour pas cher, ...
Vendredi.
Le lendemain matin, les cimes autour de nous sont eneigées : les prévisions de neige en altitude sur les Dols ont donc bien été réalistes et réalisées. Pour l'instant, cela ne modifie pas trop nos plans : nous pensons juste randonner depuis le Passo Monte Croce plutôt que dans la val Fiscalina (qu'on aurait atteint par le même chemin, de toutes façons). Quand on va pour prendre le tunnel vers San Stefano di Cadore, un panneau lumineux informe : neige sur les cols, chaînes obligatoires. Oops ! Problème : je n'ai pas pris les chaînes - j'ai même dit : pas besoin, à chaque fois on les prend pour rien, et elles ne sont obligatoires qu'à partir de novembre. Bon. Raté ! D'ailleurs on croise un camper qui revient avec un sacré paquet de neige sur son toit !
Demi-tour, nous sommes obligés de changer radicalement de plan. Nous descendons vers Pieve di Cadore, puis remontons vers Cortina. Sur le chemin, nous nous arrêtons à San Vito di Cadore pour une petite randonnée qui part du bled d'en face : Serdes. Alors, première surprise, la route pour Serdes est coupée car en travaux (plus exactement, la déviation ne m'inspire pas confiance : rue étroite avec un dévers tellement important qu'une petite voiture a risqué d'y rester bloquée devant nos yeux). Je me gare donc dans San Vito, et on ajoute quelques bornes à la randonnée.
D'abord, nous passons à travers les travaux : gros engins, beaucoup de poussière, pour un chantier assez illisible - que font-ils exactement ici ? Difficile à dire. De l'autre côté du torrent, nous identifions un sentier qui conduit à Serdes et l'empruntons. Une fois dans le village, nous retrouvons quelques indications, puis suivons une route qui s'éloigne dans la bonne direction. Un dernier panneau nous envoie vers une route très étroite dont le goudront est en mauvais état, et la pente assez raide. Ça grimpe ! Nous dépassons une dernière maison déjà très isolée du reste du village, et ça grimpe toujours. Finalement, la route devient du gravillon... et franchemet, ça sent l'entourloupe. Ça ne ressemble pas vraiment à ce qu'on s'attendait. Il est largement temps de sortir le téléphone.
Banco, nous sommes loin du sentier identifié pour la balade du jour. Alors, redescendre toute cette montée déjà parcourue (pour la remonter plus loin) ou tenter de se rapprocher du chemin de crête depuis là où nous sommes ? Juste là, un large accès (sentier ?) en herbe non fauchée monte droit dans la pente : on tente. Le sentier (c'est un sentier !) s'enfonce ensuite dans la forêt, il continue à monter... très bien. Après quelques hésitations sur le tracé, nous arrivons dans un alpage aux herbes assez hautes, et au sol assez humide (faut-il rappeler qu'il a plu à seaux la veille ?). On persiste.
Les crêtes sont toujours en vue, nous suivons le sentier visiblement désormais emprunté plus par des vaches que par des humains. Évidemment, autour : personne. Après avoir traversé quelques ponts sommaires et mis les pieds plusieurs fois malgré tout dans la boue, nous arrivons à la lisière de la forêt de l'autre côté de ce grand pré. Que dit le GPS ? Que nous progressons vers l'est, mais pas assez vers le nord. Pas assez dans la pente ! Ok, vu que le sentier n'est plus si bien marqué et que le terrain n'a pas l'air dangereux (aucune roche, aucune falaise), nous taillons au plus vers le nord, droit dans la pente. Après 5 min de grimpe sévère sur herbe humide, nous retrouvons finalement de sentier de crête. Qui passe en plein dans la forêt (pas de vue) et qui prend le vent assez fortement (effet windchill garanti).
Comme tout ça ne rime pas à grand chose et qu'il fait faim, nous posons nos fesses sur un tronc d'arbre couché au sol, et grignottons notre repas. Vent froid et absence de mouvement font mauvais ménage : nous sommes rapidement congelés. Nous renonçons à continuer à monter (il n'y aura pas plus de vue plus loin), et faisons demi-tour. En chemin, une scène étrange et poétique : posée sur un arbre mort, trône une vieille théière rouge vif dans un environnement verdoyant.


De retour à San Vito, nous découvrons qu'à côté de Partner, s'est garé une « camionnette Poulet ». Littéralement : elle est surmontée d'un gros poulet rôti. Nous avons déjà vu cette enseigne à Cencenighe ! Les vendeurs de poulets rôtis font la sieste, assis à l'avant. Détail intrigant : la camionnette est immatriculée en Allemagne. Nous changeons de chaussures (elles sont trempées et pleines de boue) et reprenons la route vers Cortina. Nous n'arrivons jamais d'ici, mais nous orientons plutôt bien et trouvons notre parking habituel (gratuit) du premier coup. À la coop, après avoir fait un tour dans tous les rayons (en particulier, celui des casseroles et ustensiles de cuisine), nous arrivons à l'étage sports et chaussures de rando. Antoine essaye une paire de Lower, et valide : voilà un check de fait sur la liste des choses à ramener !
Nous repartons par le nord-est de Cortina, avec un premier arrêt en vrac sur le bas-côté juste au-dessus de la ville pour prendre une photo. C'est une idée ou ce sont des japonnais - ou des coréens ? - qui font exactement la même chose ? Après le passo Tre Croci, dont les bas côtés sont encore un peu couverts de neige, nous nous offrons dans la descente un petit détour par le lac de Misurina. Le temps est glacial : le vent souffle fort, les nuages gris semblent s'amonceler, la lumière est presque absente. Il ne faut pas traîner ici.

De retour au camping, nous commençons par payer la note pour nous libérer rapidement le lendemain, puis faisons une petite promenade le long du torrent, en direction de Auronzo. Il fait moche et ni le sentier ni le retour n'est très sexy. En revenant, on ne tergiverse pas lontemps : allons manger à nouveau une pizza !




.jpg)
























