Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

dimanche 22 sept. 2024, 21:32

Chez Mr BZ

Dimanche.
Aujourd'hui est notre dernier jour de randonnée. Nous avons gardé « le meilleur » pour la fin, ou plus exactement nous avons fait attention à faire cette randonnée un jour de fin de semaine, pour augmenter nos chances de voir Renato que nous avions surnommé « Mr de Bolzano » (et que nous n'avons pas vu l'an dernier : la neige tombée en fin de séjour l'ayant peut-être dissuadé de venir). Déjà hier, en passant au niveau de Castello sur la route du Falzarego, nous nous étions interrogé sur la nature de la voiture garée : une fiat Dobblo. Un gars de Merano peut-il décemment avoir une Fiat ?! Il nous semblait que ce devait être plutôt la voiture du jeune qui travaille à la laiterie de Livinalongo et possède lui aussi un chalet dans les mêmes alpages.

Ce matin, la Fiat Dobblo blanche est toujours garée à la même place. Nous verrons donc bien si c'est la sienne ! Nous stationnons Partner dans le parking du château de Castello, nous équipons, et démarrons la montée (raide) qui mène aux alpages. Le temps n'est pas magnifique, mais à cette heure-ci il y a encore un peu de lumière, et le résultat dans les sous-bois est féérique.

Sentier et belle lumière

Sous-bois et belle lumière

étendue d'eau... et belle lumière

Nous arrivons assez rapidement à l'alpage, et rejoignons le chalet de Renato par le haut. Là ? Pas la ? Derrière un bel alignement de troncs d'abres d'un mètre de long, un tréteau et une machine abandonnée là suggère qu'il travaille ici aujourd'hui, mais qu'il a été interrompu. Je me dis comme ça qu'il est aux toilettes, et qu'on va pas le derranger maintenant : on le verra après, à notre retour de balade !

Près des crêtes... et belle lumière

Nous continuons donc le chemin vers les crêtes. Arrivés à un de nos autres chalets « stratégiques » (celui où on s'arrête généralement manger, surtout en hiver), nous découvrons que son propriétaire est présent, et que lui aussi travaille : c'est visiblement un jour à préparer l'hivernage. Nous passons notre chemin, et continuons vers le Monte Pore. Cependant, nous n'avons pas l'intention d'en faire l'ascension aujourd'hui : d'abord parce que nous avons considéré que les myrtilles seraient gelées suite aux névées de la semaine dernière, et aussi parce que le temps n'est pas exceptionnel : un sommet entouré de nuages, ça ne nous fait pas envie, on en a déjà assez en photos !

à la Forcella, Face au Nuvolau

Nous optons donc plutôt pour une découverte des châlets d'alpage situés en contrebas. Nous suivons le « sentier de l'ours » (bien qu'il me semble bien qu'on n'aie aucune chance d'en croiser un...) et passons devant quelques bâtisses en sale état, puis rejoignons un alpage extrêmement bien entretenu. Peut-être un peu trop. Quelqu'un a même pris la peine d'y placer un écriteau de type « propriété privée », « restez pas là », « ici c'est chez moi, n'oublie pas ! »... dans notre jargon, on appelle ça un panneau « verboten » : interdit, en allemand. On a vu plein des panneau « verboten » en Autriche, où tout et n'importe quoi est interdit. Ils adorent les pictos cerclés et barrés de rouge.

Bref, ok, donc ici, c'est verboten. Passons notre chemin. Là on coupe en plein dans le pré (qui n'est plus un pré depuis des lustres, de toutes façons). On passe devant une première cahute, puis une deuxième - ah, celle-ci est pas mal : toute simple, pas de panneaux, et une grande terrasse en bois devant. On pose nos sacs et on prend la pause pour profiter des derniers rayons de soleil de la journée. Ils sont plaisants mais ne suffisent pas à réchauffer : le vent contrarie largement leur effet. Nous prenons même la pause déjeuner. Nous aurions presque tenté la sieste, allongés face au Monte Pore, s'il n'avait pas fait si froid. Nous repartons.

fleur

chalet et Settsass

Châlet suivant : celui-ci est sur-équipé. Fontaine, barbecue, bancs sur la terrasse, divers outils, ... je me demande si ce serait pas le châlet du jeune. En tout cas, personne. Nous continuons : il faut maintenant tenter de remonter vers les crêtes, en diagonale pour éviter malgré tout de remonter trop haut ou trop vite. Voilà ! Nous sommes bientôt chez Renato... nous arrivons. Hoho ! Plus de traiteau, plus de machine, tout est rangé. Serait-il déjà parti ? Je m'approche du châlet, je l'appelle, en fait je l'entends : il doit être dedans. Je tocque. Et oui ! Les français sont de passage !

Il nous invite à entrer - dedans c'est incroyablement cosy, et plus grand que ce qu'on pourrait imaginer depuis l'extérieur. Il fait un feu dans sa cuisinière à bois, qui chauffe la pièce plus que de raison. Lui est habillé avec un pantalon de montagne dont j'aurais pu dire que ça lui fait un beau petit cul si je n'évitais pas résolument de genre de pensées pour un monsieur de plus de 70 ans ! Mais il faut bien reconnaître que physiquement, il est bien plus qu'en pleine forme. Il nous invite à boire un thé, puis du vin - il a une bouteille d'entamée - et allez ! soyons fous, ensuite une petite grappa. Il ouvre une gentiane (maison) pour l'occasion, et tout le monde est d'accord pour dire qu'elle est peut-être bien un peu trop amère, même pour une gentiane !

Il nous raconte que ce matin, quelqu'un lui a rendu visite (ha ha, il n'était donc pas aux toilettes... mais sociabilisait avec le visiteur), et que c'est dingue, aujourd'hui, il a eu deux visites alors que parfois il ne voit personne pendant des mois ! Il nous raconte aussi un peu sa vie : une maison à Merano avec un tout petit jardin au nord où rien ne peut pousser, et le fils qui habite au-dessus et qui a fait réhausser la maison. Le fiston (la cinquantaine ?) travaille dans le bois, justement : falegnameria... la menuiserie, et a grandement participé au fait que l'aménagement intérieur du châlet soit une réussite ! Il nous raconte aussi que pendant le COVID, il avait refusé au début de se faire vacciner, mais qu'il se retrouvait à manger un sandwich dans sa voiture en plein hiver chaque midi... il a fini par craquer.

Il nous dit surtout qu'il faut passer le voir un autre jour que le dimanche ! Car il est sur le départ : nous avons eu de la chance de l'y trouver... à une heure près, il était parti. (Note pour plus tard : passer un vendredi ou un samedi ; mieux : appeler avant, car début septembre il passe une semaine à la mer) Je m'inquiète un peu de la quantité d'alcool qu'il a bu pour faire la route, mais lui rétorque que l'important c'est qu'il n'en reboive pas une tournée au prochain arrêt ! Car il passe par la laiterie avant de rejoindre Merano, et visiblement la laiterie ne vend pas que du petit lait... Au passage, il nous raconte que quand il était jeune, il n'était pas un fou du volant, mais qu'après avoir fréquenté des gens qui aimaient les bagnoles puissantes, il s'est mis à rouler vite... et bien sûr, il a eu des accidents, dont au moins un où il aurait pu y rester (la voiture n'y a pas survécu en tout cas !), mais lui s'en est toujours sortir sans un bobo. Cela me fait penser à Maria, qui nous a raconté par plus tard que la veille qu'elle avait eu un gros accident il y a des années de ça (quand elle est revenue se réinstaller à Agordo), et que la voiture était détruite... quand les secours sont arrivés, ils se sont précipités sur la voiture et lui ont demandé qui avait déplacé le conducteur et où il était. Quand elle a dit, sur ses deux pieds, que le conducteur c'était elle, sans une seule égratignure, ils l'ont regardé avec des yeux ronds comme des billes. Une miraculée ! Dont la seule pensée pendant que la voiture volait, a été : me protéger le visage avec mes bras pour ne pas être défigurée. Ben ça a marché !!!...

Nous remercions Renato pour son accueil, et repartons - puisque lui aussi doit partir, et qu'il doit finir de ranger le châlet. Nous nous donnons rendez-vous à l'année prochaine. Nous reprenons le chemin de l'hôtel, où un petit sauna fait toujours autant de bien. Nous ne nous attardons pas trop cependant, car nous avons rendez-vous ce soir avec Dottor Bike à la pizzeria de San Tomaso. Il fait nuit noire quand, passé Alleghe, nous suivons les indications vers San Tomaso depuis la route principale. Nous dépassons la bourgade d'Avoscan, située en bas près du torrent, et suivons la route... C'est un endroit qu'on fréquente peu déjà en journée, mais dans cette nuit noire et sur cette petite route qui serpente dans une montagne boisée, on se sent en territoire inconnu.

Un panneau : Pian Molin... OK, aucune idée d'où on est, et San Tomaso n'est pas indiqué : dans le doute... on continue, la route passe un torrent. Nous voici à Val, puis Mezzavalle, il nous semble qu'on est déjà venus ici faire une étrange soirée Hockey. Nous voici à Celat ! On reconnaît la place centrale : l'église, son parking, la pizzeria. Pas de doute, nous sommes là où il faut... il reste juste une place pour nous, parfait. Nous entrons dans la pizzeria, plutôt animée pour un dimanche soir ! Claudio est là, avec son ex-belle fille, accoudés au bar. Il est content de nous voir mais... ben en fait il est là par hasard, il avait oublié. C'est juste que la gamine (qui n'est plus si jeune) voulait manger une pizza, et voilà, c'est une chance qu'on se voit ! Par contre ils ont déjà mangé, et en sont à la grappa. Nous discutons un peu le temps qu'ils boivent le petit verre, puis quand ils sont partis, nous nous installons à notre tour en salle : il est trop tard pour trouver une autre adresse de toutes façon.

Nous prenons tous les deux une pizza avec un « impasto » à l'orge, et une garniture pas trop légère. C'est plutôt bon (peut être un peu moins que chez Costa), par contre elle va nous rester sur l'estomac et nous donner la bouche sèche toute la nuit... Pour accompagner, une bière locale pas exceptionnelle - là encore, la « sixtus » servie à Canale est supérieure. Nous terminons plus ou moins à la fermeture, il ne reste plus qu'une autre table qui en est au dessert... Au bar, on discute un peu. Les tenanciers nous apprennent qu'en fait, San Tomaso est un peu l'ancêtre d'une communauté de commune : aucun des lieux dits / villages qui la composent ne s'appellent San Tomaso ; même l'église paroissiale n'est pas dédiée à San Tomaso. Du coup nous discutons un peu communauté de commune, et ils reconnaissent que comme en France, les villages et leurs maires doivent céder de plus en plus de leurs prérogatives à cette structure supérieure... De fil en aiguille, nous parlons déracinement (ils sont milanais !) et fin du monde (changement climatique, résilience, potager...). Visiblement nous sommes sur la même longueur d'onde !

Nous arrêtons là, sinon on va leur tenir la jambe toute la nuit, et la dernière table c'est sûr vient de partir. Nous leur souhaitons bonne soirée, et sortons vers la nuit presque noire - allez, il y a quand même un lampadaire ou deux. Les derniers clients sont encore là, accoudés à la rambarde du parking, attentifs au vide absolument noir qui s'étend devant eux (de jour, on verrait ici un grand pré). Ah ! Bien qu'on ne voie rien, ce qu'ils attendent s'entend : le brâme d'un cerf, qui doit se tenir à moins de 50 m de nous, dans le pré. Nous écoutons nous aussi quelques minutes, puis quand la bête semble s'être un peu éloignée, nous quittons les lieux à notre tour.