Tour de la Tofane
Vendredi.
Le temps est au mieux de ce qu'on peut espérer actuellement : gris, mais stable. Le vent en altitude semble faiblir d'après les prévisions, nous optons donc pour une randonnée aux pieds de la Tofanadi Ri Rozes, avec la possibilité si on le sent d'en faire le tour (en sens horaire, comme il y a deux ans).
Nous dépassons donc le passo Falzarego et garons Partner sur le parking du lieu dit Ra Nona (à environ 1990 m d'altitude). Seule une voiture nous a précédé - malgré tout, nous n'aurons pas la chance cette année de pouvoir observer autant de chamois que la dernière fois, à peine un ou deux, et encore : de loin. Le premier tronçon de sentier nous amène à la Forcella du Col dei Bos (2332 m) où l'on constate, à part la météo toujours triste, que le chemin est plutôt bien libéré de la neige tombée il y a déjà une semaine.


Cela nous encourage à continuer droit vers le nord, en descente dans le val Travenanzes : c'est parti pour le tour de la Tofane, nous verrons bien plus loin si nous devons faire demi-tour ou pas - il est encore tôt et nous sommes en jambes. Vers 2060 m d'altitude, nous bifurquons vers le massif : ici aussi, le sentier est praticable. Nous passons donc au plus près de la falaise, une partie de sentier sur laquelle je n'aime pas m'éterniser, ...

Après ce passage en sous-plomb et le franchissement d'une partie régulièrement éboulée du sentier, nous accédons par une montée très raide mais encastrée entre deux montants de roche, à la « pire » partie du sentier : une montée encore bien raide mais cette fois-ci vertigineuse. C'est bien simple, je n'aimerais pas la reprendre en descente ! Après quelques centaines de mètres de montée, nous accédons aux moraines de la vaste et haute vallée située entre la Tofana di Rozes et sa frangine du Mezzo (toutes les deux culminant à plus de 3200 m). Quelques rares rayons de soleil embellissent le panorama.

La montée se poursuit dans la moraine, entre d'énormes blocs erratiques et les vestiges de la première guerre... à l'approche du rifugio Giussani (2580 m) quelques langues de neige persistent et nous ralentissent un peu ; il s'y ajoute un soudain et violent vent froid d'altitude. Nous dépassons le refuge sans nous arrêter, et commençons la descente immédiatement.

Le temps est de plus en plus gris, mais l'avantage c'est qu'il n'y a pas foule : dans toute cette immensité, si nous sommes 6 ou 7 personnes, c'est bien le maximum. D'ailleurs c'est simple, ici on n'entend quasiment pas de bruits humains, ni pas ni voix, ni même moteurs. Nous redescendons jusqu'à environ 2100 m d'altitude, à la bifurcation où se trouve un banc où nous avons nos habitudes : nous mangeons notre pique nique avec un peu de retard sur l'horraire, alors que la pluie se met à tomber finement.
Nous repartons toujours bien couverts, presque autant que le ciel... Nous bouclons la boucle en moins de 7 heures de temps - quand il fait froid, on ne peut pas dire qu'on lambine ! S'arrêter, c'est se refroidir... alors nous marchons sans discontinuer. Nous rentrons à l'hôtel pour un rapide sauna, puis repartons vers Agordo, puis Voltago : nous sommes attendus chez Maria et Emilio. Ils nous racontent leurs mésaventures professionnelles : elle, toujours à Super W où la direction et l'ambiance virent à l'aigre, et lui, à la retraite dans 1 semaine mais... qui continuera à travailler pour son patron. Sans compter que ce soir, il est arrivé avec une bonne heure de retard, parce qu'un de ses collègues s'est blessé et que les autres employés, après avoir géré l'accident, ont dû finir le chantier prévu ce jour avec une personne en moins. La réalité professionnelle est loin d'être glorieuse...