Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

jeudi 19 sept. 2024, 21:32

Forca Rossa

Jeudi.
Après l'habituel solide petit déjeuner de l'hôtel, nous voici partis. Notre premier arrêt est à 500 m : la station service de Caprile. Pas tellement plus chère qu'à Agordo, et tellement pratique pour nous. D'autant plus que le niveau de service à l'ancienne me fait toujours bêtement plaisir : ici, c'est encore l'Italie, quand le service était systématique à la pompe. Je demande le plein et tends les clés, et cherche mon portefeuille. Habituellement, je paie en espèces, mais là, va savoir, peut-être parce qu'il a déjà le terminal de paiement en main et s'y attend, j'annonce : par carte.

L'opérateur de la station présente le terminal comme si j'allais payer sans contact, alors qu'il y en a pour plus de 50 euros : je ne comprends pas. Je dis que la carte est française, et qu'il faut faire le code. C'est dans ces petits moments d'incompréhension qu'on peut voir les quelques différence subtiles entre les pays. Ici, les cartes ne se glissent plus dans les terminaux de paiement : le geste du sans contact est systématique et remplacent la lecture de la bande magnétique ; et parfois, si le montant le nécessite, il faut aussi composer le code confidentiel sur le clavier. L'opérateur, qui est sans doute le gestionnaire de la station, me dit que lui, ça l'arrange bien que je ne paie pas sans contact : cela lui fait moins de frais de paiement. Je lui réponds que la prochaine fois, je penserais à lui en faire aucun, en payant en espèces !

Sur ce nous continuons notre parcours routier : Cencenighe, Falcade, et direction Passo Falzarego. Nous tournons vers le refuge Flora Alpina un peu avant d'arriver au col : c'est ici que nous aimons garer Partner. Il n'y a que deux voitures déjà garées - entre l'arrière saison et la météo moche du jour, il n'y aura pas foule aujourd'hui. Le temps de faire nos sacs à dos, de mettre les nouveaux bâtons de marche à la bonne taille, et nous partons. La marche d'aujourd'hui ne nécessite pas de bâtons, mais nous souhaitions les tester. Et nous faisons bien : à vrai dire, il se pourrait bien qu'ils aient un problème. Nous essayons de marcher avec chacun notre tour, et effectivement : un des deux bâtons vibre anormalement quand il entre en contact avec le sol. Après 500 m, nous décidons de les ramener à la voiture et de les rapporter ce soir à la boutique.

Après ce faux départ, nous reprenons la balade depuis le début, et cette fois-ci nous dépassons Valfredda. Le ciel est toujours aussi chargé de nuages : les montagnes sont grises, aucun rayon de soleil à l'horizon pour éclairer le panorama, tout est triste. Après les quelques chalets, nous traversons le torrent et montons vers Forca Rossa. En plus d'être gris, le temps est encore venteux : un fort vent froid. Heureusement nous avons pris nos gants et sommes bien couverts... en montée, avec l'effort, impossible de se refroidir. Sur le chemin, nous croisons deux ou trois personnes qui parcourent l'alta via.

Arrivés à Forca Rossa, nous sommes rejoints par deux allemands qui semblent s'interroger sur le sentier à suivre : je lance la conversation. Ils se demandent s'ils feraient le tour du massif... oulà ! Nous regardons leur carte avec eux et leur montre l'étendue qu'ils se proposent de couvrir : assez peu réaliste sur la journée. Je leur suggère de faire comme nous : plutôt que de revenir sur leurs pas vers Fucciade, ils peuvent faire comme nous... revenir en longeant les roches au plus près, passer un petit col et redescendre par l'autre vallée, au-dessus du refuge de Fucciade. Ils semblent enthousiastes, nous nous séparons là-dessus : ils partent devant. Un peu plus loin, ils prennent la pause et nous les doublons. Encore après, nous prenons la pause déj, et ils nous rejoignent. Entre temps, le ciel est devenu très gris, et il pleut visiblement plus à l'est... Je leur dis. Elle comprend et j'ajoute, sous forme de question, que peut-être ce n'est pas une bonne idée d'allonger le tour... ils ont l'air d'accord, et nous les voyons redescendre.

Forca rossa

Nous terminons la pause déj', et nous voilà repartis. La bifurcation, et donc le choix entre revenir vers la sécurité et ce qui ressemble une bonne saucée à se prendre sur les sentiers, doit être pris maintenant. Nous n'aimons pas être trempés, mais après tout, les nuages semblent être moins pressants que tout à l'heure, et nous n'avons pas envie d'écourter la rando trop rapidement... Allez, nous prenons le risque. Les allemands s'en apperçoivent, je crois. Après quelques minutes de marche, le choix semble être le bon - il ne pleut toujours pas ! Nous arrivons au petit col, et passons de l'autre côté. Ici, on ne voit absolument personne - la montagne est à nous ! Nous descendons jusqu'au torrent et prenons une pause goûter. Au moment de repartir, il nous semble que les allemands sont arrivés à leur tour en haut, il nous semble reconnaître leurs tenues. Eux aussi n'ont pas voulu écourter, finalement !

Nous poursuivons : il ne manque pas grand chose pour arriver à Fucciade, mais la pluie commence à tomber... heureusement, pas assez fort pour nous tremper. À Fucciade, nous prenons quelques rangements de bois pour nous en inspirer cet hiver...

Bois à Fuciade

Nous revenons à la voiture sans être complètement trempés. Cela tombe bien : il est encore tôt, et nous redescendons avec Partner jusqu'à Taibon. Une fois garés dans le centre, nous rejoignons la maison d'Aldo. Là, je me souviens qu'il y a 3 sonnettes, mais aucun nom. Sur laquelle appuyer ? Le plus sûr : dégainer le téléphone portable ! J'appelle Aldo, et il répond rapidement - il vient nous ouvrir ! En fait, il est 16h et il vient de se lever de sa sieste. Il nous explique qu'il n'y a qu'une seule sonnette qui fonctionne, mais... j'ai déjà oublié laquelle ! À l'étage d'en dessous, il y a un peu de remue-ménage, et les escaliers au-dessus sont encombrés d'affaires : il nous explique que la mamma est décédée, et que le frère va emménager...

Avec Aldo nous passons deux bonnes heures à parler, avec lui, nous reprenons les discussions interrompues il y a un an comme si elles étaient d'hier. Cela fait plaisir de le voir en forme, il nous racconte ses projets artistiques du moment - là, il vient de finir l'habillage d'un mur en bas de chez lui... il a façonné un revêtement en fausses pierres, et certaines arborent même des fossiles ! Une autre a un visage, et les pierres ont été réalisées en plusieurs couleurs... Ce gars est décidément un artiste. Il nous confirme ce qu'on avait compris : il ne viendra pas dimanche manger à la pizzeria avec nous (d'ailleurs Claudio ne l'a pas appelé, contrairement à ce qu'il avait dit), car il a une réunion de « classe » des anciens du lycée - une trentaine de vieux gars qui répondront tous présents, près de cinquante ans après ! Nous nous quittons en se donnant rendez-vous pour l'année prochaine.

Pour terminer cette bonne fin d'après-midi, nous repartons toujours sous la pluie à Caprile, pour se réchauffer dans le hammam et le sauna.