Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

dimanche 15 sept. 2024, 21:32

Padova

Samedi.
Ce matin, nous replions bagage, direction Padova. Le temps est gris mais sec, aucun problème sur la route. Si ce n'est qu'entre Auronzo et Belluno, nous remarquons de grands pylones noirs cylindriques, qui visiblement pointent une caméra - et c'est à se demander s'il n'y a pas aussi des micros. Sitôt nous en atteignons un qu'un autre est déjà visible... Une petite recherche sur internet nous donne la solution : il s'agit d'une « smart road » - étonnant comme les projets italiens débiles ont souvent des noms anglais, et non pas italiens. Bref, c'est sensé pouvoir communiquer avec les véhicules, mode « internet des objets» pour réguler les vitesses et les distances de sécurité. Avant qu'il n'y ait des voitures assez smart (et assez nombreuses), il est possible que ces grands piquets ne servent qu'à vidéo-surveiller la route...

Pas trop de traffic sur notre chemin, nous arrivons rapidement à proximité de Padova - où nous nous trompons une première fois de sortie dans les échangeurs, puis après un demi-tour, nous retrouvons pour la peine dans un ralentissement dû à un fauchage du bas côté. Nous voici arrivés à Montegrotto Terme, où nous avons rendez-vous avec Mike & Fede - car j'ai suggéré, vu la météo initialement mauvaise, qu'on aille se faire un spa à Abano Terme, et Fede a fait une proposition d'établissement qui accepte les enfants. Il est à peine plus de 11h, heure de notre rendez-vous. Comme prévu, ils sont en retard. J'envoie ma position au Parking 6, et patientons en grignottant quelques taralli.

Finalement, il est midi moins le quart quand ils donnent signe de vie : ils veulent qu'on les retrouve à l'entrée (alors que normalement, ils auraient dû se garer pas loin de nous... bref). Nous les rejoignons à pied. Maintenant, allons manger ! Ils veulent grignotter dans une pâtisserie réputée, mais... elle ferme ses portes à notre arrivée - il est midi pile. Mike dégaine son portable, et trouve une autre adresse à 5 min à pied. C'est ouvert, mais c'est... mauvais. Et de mauvais goût : de petits antipasti revisités à la mode « tout en verrine », avec des mousses sans goût ni texture. Cela ne donne pas envie de manger grand chose (d'autant plus que c'est cher), et j'ai comme l'impression qu'on s'est fait avoir, car eux viennent juste de petit-déjeuner. On aurait dû manger pour de vrai juste avant...

Nous revenons aux voitures : finalement, la piscine qu'ils ont choisi a apparamment de mauvaises critiques sur les réseaux... ils en choisissent une autre. Nous découvrons ainsi qu'ils sont garés à moins de 100 m de nous, sur le Parking 5. Et dire que Mike a affirmé ne pas savoir où était le Parking 6... bref ! Nous les suivons pour changer d'établissement, et nous voici maintenant garés dans le parking d'un hôtel de grand standing. L'entrée est de 40 € pour l'après-midi, Mike paye en CB et je suis sensée le rembourser en cash plus tard (pourquoi plus tard ? je me dis : ne surtout pas oublier de faire ça ce soir).

Nous avons droit à une chambre pour nous 4 pour nous changer et laisser nos affaires - ça ne serait pas plus simple avec des cabines ?... Nous voici donc enfin prêts, en maillots, des claquettes au pied et avec des bonnets de bains sur la tête. Nous posons les serviettes sur des chaises longues, et hop : nous testons la première piscine, mi-intérieure mi-extérieure, avec quelques bubules dehors. L'eau est chaude, le ciel encore assez lumineux, c'est agréable ! Nous passons ensuite de bains en bains. La seconde piscine propose quelques buses avec un jet assez puissant pour se masser le dos. Pendant ce temps, Mike part plonger avec la petite Bea. La troisième piscine a des couloirs de nage et une eau un peu plus fraîche. À l'intérieur, nous trouvons une « grotte » (un hammam pas assez chaud, inintéressant) et un sauna de belle envergure ; une fontaine à glace permet de se rafraîchir.

Finalement, nous faisons assez vite le tour de ces piscines thermales, bien trop chères pour le service rendu. Nous prenons une douche avant de repartir - nous sommes prêts tellement rapidement que nous devons patienter encore un temps dans le patio qu'ils aient fini de se changer. De nouveau, nous faisons un petit convoi pour allez chez eux, à Vigonza. Le jardin est encore en travaux et complètement sens dessus dessous, mais leur maison est gigantesque ! On nous fait faire le tour du propriétaire, entre autre, un écran permet de visualiser les images d'au moins 16 caméra de vidéosurveillance... pire : le salon et la cuisine sont écoutés en permanence par google, et la gamine adore allumer et éteindre la lumière, ou mettre de la musique. « - Ok Google, metti musica! » Et hop, de la musique. Je demande si on peut choisir le morceau... eh bien non : ils n'ont pas pris l'option spotify, alors c'est random. Si le morceau ne plaît pas, il suffit de demander à passer. Je suis sidérée.

Dans la grande maison, le seul coin qu'ils aient trouvé pour qu'on dorme est la salle serveur de Mike, là où devrait se trouver bientôt son bureau, mais la salle n'est pas encore vraiment aménagée. Nous apportons matelas, duvet, quelques affaires, et hop, nous nous installons - la petite Bea trouve les matelas géniaux. Pour manger ce soir, Mike propose de la pizza - nous n'osons pas refuser, et il part en chercher avec Antoine. Apparemment, ils se rendent dans une sorte de boîte à pizza à emporter, avec une armée de jeunes (des jobs étudiants ?) qui prennent les commandes, préparent et cuisent les pizzas. Au final, c'est la pire pizza que nous ayions mangé cette année : pâte épaisse, et garniture sans intérêt. Durant la soirée, nous discutons de chose et d'autres, et je retiens au moins une information marquante : les poubelles leur coûtent... 700 euros / an. Il faut dire que le montant est fonction non pas au nombre de personnes habitant la maison, mais au nombre de mètres carrés habitables. Et là, il faut dire que ça ne manque pas...

Nous jouons ensuite au Uno, deux ou trois parties, avant que Bea ne se lasse : elle veut absolument regarder la TV, qui est juste géante. Nous voici donc tous dans le salon, avec Mike qui cherche un film à regarder. Il finit par choisir « Rim of the world », un nanard Netflix de 2019. Certaines images nous ont donné un sentiment de dejà vu...

Dimanche.
Après une nuit dans la salle serveur, où nous avons malgré tout réussi à faire abstraction du ronronnement des machines et à dormir pas trop mal, nous voici prêts pour un dimanche avec nos étranges amis padoviens. Nous ne nous levons que quand nous entendons du bruit, c'est-à-dire pas si tôt. Nous prenons le petit déjeuner alors que des militaires et une palanquée de vieux (des vétérans ?) se rassemblent dans la rue pour je ne sais quelle manifestation qui commence par un défilé. Mike se souvient qu'il était sensé mettre la « bandiera », mais il ne semble pas pressé d'arborer les couleurs, d'ailleurs il ne sortira aucun drapeau. Les préparatifs trainent en longueur, et finalement dans la foule Bea repère des amis à elle, avec leurs parents. Tiens, il se trouve que la mère, Marie, est française. Nous voici tous dans la rue à papotter, alors que le défilé se met en marche. Pour continuer, nous rentrons tous prendre un café.

Rapidement, Béa obtient d'aller jouer avec ses amis chez eux, et même de manger chez eux - très bonne idée ! De notre côté, nous aurons droit à des pâtes au thon. Nous allons ensuite faire une petite balade dans le quartier : nous passons devant la maison des parents de Mike, puis justement nous allons chez Marie et sa famille, récupérer Béa. L'occasion de visiter sa maison - encore une maison plutôt géante, avec un double bureau à l'étage : ils travaillent tous les deux à domicile.

Sur le retour, Mike nous montre quelques séquelles de la grêle de l'année dernière dans le quartier : des grêlons gros comme des oeufs, tombés avec un angle d'au moins 45° à cause d'un vent violent, ont défoncé les carosseries des voitures garées dehors, des toitures, des panneaux solaires, des climatisateurs, des volets, mais aussi des murs ! Certains portent encore les impacts, comme si on était à Beyrouth. À propos de panneaux solaires, Mike explique qu'il a du faire embarquer près de 80 panneaux endommagés (50 à lui, 30 à ses parents) par une entreprise spécialisée qui lui prend 3000 balles pour ça. L'opération nécessitait de préparer tous les panneaux, et de s'assurer qu'ils n'étaient pas brisés - photos et paperasserie à l'appui. Il raconte que ça lui a pris un temps fou de tout retirer correctement et de faire des piles de panneaux... et qu'au final, la société est arrivée avec un camion avec une énorme pince, et a tout broyé quand elle les a saisi pour les balancer dans la benne.

Au moment du départ, nous chargeons Partner et nous disons au revoir, et là je vois Mike tout gêné qui demande quand est-ce que je le rembourse. OOoooops. C'est ça que j'ai oublié : rembourser les entrées de la piscine thermale. Heureusement, j'ai le cash, j'essaie de détendre un peu l'atmosphère, mais j'ai comme l'impression qu'il a vraiment eu peur que je ne paie jamais !

Il est presque 17h et nous roulons vers les montagnes sur une route dégagée - un dimanche et à cette heure-là, c'est plutôt dans le sens inverse qu'il pourrait y avoir quelques bouchons. Nous passons sans nous arrêter par les lieux qu'on connaît bien, sans remarquer de trop de nouveautés - Sedico, Agordo, Cencenighe... une fois Alleghe dépassé, sur la route de Caprile je regarde le mont Civetta dans le rétro. Et là, c'est évident : il faut s'arrêter pour voir ça !

Enrosadira du Monte Civetta

Un enrosadira aussi lumineux, sans aucun nuage sur la montagne, et avec air assez sec pour voir la roche aussi nette ? Le moment est rare. D'ailleurs rapidement, d'autres voitures s'arrêtent sur le bas côté de la route, leurs occupants viennent admirer le spectacle, prennent des photos. Nous restons tout le temps que le soleil met à rosir la montagne... puis la lumière s'éteint progressivement.

Nous repartons. Il ne manque que quelques centaines de mètres pour arriver à notre hôtel fétiche. C'est Mani qui tient l'accueil, c'est l'occasion de lui offrir les quelques bières IPA qu'on lui a raméné du nord de la France. Peu de temps après, il va pour laisser l'accueil au frangin, ça discute un peu avec des employés de l'hôtel, l'une d'entre eux se tient à côté de lui et... mais j'ai rêvé ou elle vient de lui mettre la main au cul ?! Les nouvelles vont vite quand on sait voir les détails.

Nous déchargeons rapidement quelques bagages, et de quoi grignotter légèrement - ce soir, nous n'avons pas très faim. Nous passons une partie de la soirée ensuite à discuter avec Milos.