Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

mardi 20 sept. 2022, 20:32

Tofana di Rozès tour

Mardi. Dernière journée de randonnée... cette fois-ci il faudrait voir à ne pas se tromper. Nous choisissons une balade qui devrait être 100% au soleil, et donc entièrement marchable "à sec". Nous retenons une de nos classiques : le pied de la Tofana di Rozès, jusqu'au Dibona et retour par le sentier de Sottocordès. L'arrivée se fait via le Falzarego : parking au lieu dit Ra Nona (1990 m), près de l'ancienne maison de cantonniers - tiens, elle est à vendre... Renato nous dira que cependant, il s'agit d'un patrimoine classé : la rénovation du bâtiment doit se faire à l'identique, en particulier il faut conserver la couleur rouge caractéristique. Avis aux passionnés !

Quelques rares voitures, toutes étrangères, sont déjà garées quand nous chargeons les sacs sur nos épaules. Le soleil est revenu, et le début de balade est très agréable : un sentier sans (presque) personne, de la lumière, du panorama. Arrivés à la forcella Col dei Bos (2250 m) nous explorons un peu les environs, qui gardent la mémoire des tranchées de la première guerre mondiale.

Une tranchée à forcella Col dei Bos

Il est tôt en journée, et elle s'annonce belle : je propose une modification de parcours, qui nous permettrait de voir d'autres vestiges... Et si nous faisions le tour de la Tofana di Rozès ? C'est plus long, plus de dénivelé, plus vertigineux aussi, mais cela devrait (peut-être ?) mieux passer dans ce sens horraire qu'en sens inverse, dont j'ai un bien mauvais souvenir ! En particulier sur la descente vers le val Travenanzes - il faut dire que papa n'avait déjà plus les jambes très solides l'unique fois où nous avons réalisé ce tour.

Nous voici donc à contourner la Tofane par sa gauche, dans une haute vallée encore entièrement à l'ombre de cette haute cîme. Le sentier bifurque alors : soit continuer à descendre le val (tout au bout, nous trouverions le Col Rosà qui se fait en ferrata), soit longer la paroi au plus près, pour pénétrer ensuite au coeur du massif des Tofane. C'est évidemment cette option que nous suivons.

Paroi val Travenanzes

À l'endroit précis où le sentier rejoint la paroi, un petit torrent le traverse, et juste au-dessus une fine cascade prise en glace... et qui fond lentement, au goutte à goutte. Quand nous passons, elle lâche quelques petits blocs de glace, et le fracas (et surtout sa proximité) sont loin d'être rassurants ! Les quelques centaines de mètres suivants, nous les passons rapidement et en silence - évitons tout éboulement, des casques auraient sans doute été les bienvenus.

Un peu plus loin, voilà que le sentier repique vers les hauteurs - pour passer justement au-dessus de la falaise... mieux vaut faire attention à ne pas faire rouler le moindre petit caillou vers le bas, sait-on jamais ! Nous voici donc aux passages vertigineux - toujours plus faciles à passer quand on regarde vers le haut !

Sentier vertigineux

Une fois les difficultés passées, nous voici à remonter tranquillement au sein de l'immense cirque de roche. Ciel bleu, soleil, silence... enfin, rien d'autre que mes accouphènes - quelle saloperie ce truc... impossible de profiter de la paix du lieu. En parlant de paix, ici aussi des restes de barbelés, des cavités creusées dans la roche, des meurtrières, et des résidus en bois ou en métal qui suggèrent une installation sommaire des soldats autrichiens qui surveillaient les lieux.

Nous voici maintenant au Rifugio Giussani (2600 m). Il est ouvert et propose des plats de pâte avec vue : pourquoi se priver ? Nous laissons le pique nique dans le sac et mangeons la pasta.

Rifugio Giussani

Nous entamons ensuite la descente du tour - certains attaquent à peine la montée vers la Tofane, mais hum, 600 m de dénivelé en plus... peut-être une prochaine fois ? De l'autre côté de la forcella Fontananegra (2616 m), perchés sur un contrefort et abrités sous la roche, un groupe d'anciens bâtiments qui datent eux aussi de la guerre surveillent le passage.

Forcella Fontananegra

Un large sentier mulatier, parfois partiellement eneigé mais toujours bien aménagé, nous ramène plus bas à travers la moraine. C'est alors que nous reprenons notre sentier habituel, qui passe aux pieds de la paroi de la Tofane.

Tofana di Rozès

Le soleil brille encore mais molement, voilé qu'il est derrière les nuages d'altitude. Nous apercevons quelques chamois, en contre bas. Nous prenons une petite pause à notre « balcon » préféré, en légère pente herbeuse et panorama grandiose. Mais il ne fait pas assez chaud pour traîner : nous repartons, passons la forcella Col dei Bos, et profitons des derniers moments en altitude.

près de la forcella Col dei Bos

Plus bas, nous observons une dernière fois un chamois qui nous a vu s'approcher mais n'a pas pris la peine de déguerpir avant qu'on ne soit trop près... d'ailleurs, il fait à peine le tour d'un bloc de pierre et se couche au soleil, tranquille : il sait qu'on ne viendra pas plus près, et il a raison : nous suivons sagement la grande route empierrée.

Ce soir, dernier soir : une dernière occasion de boire un verre avec Milos et de discuter un peu. Les sacs sont faits, nous sommes prêts à partir - la seule question est : pour où ?