Dolomiti Geeks

Déracinement de (veli)bobos parisiens rempotés en pleine nature.

samedi 25 mars 2017, 21:32

La corniche taiboner

La veille, un large sentier muletier a attiré mon attention à proximité du forte di Pèden. Pour nous, il n'était plus l'heure de partir l'explorer, mais nous avons croisé fort à propos une dame et son chien qui s'apprêtaient à l'emprunter. Nous nous sommes salués - en montagne, et particulièrement à Taibon, il serait tout à fait impoli de s'ignorer -, et j'en ai profité pour lui demander vers où menait ce chemin. Elle m'a avoué ne pas savoir ! Mais que certains disent qu'il mènerait jusqu'aux parois rocheuses.

C'était tout à fait prometteur ! En plus, cette zone étant orientée plein est, si nous souhaitions voir les bruyères au soleil, c'était décidément une balade du matin qu'il fallait venir faire par ici. Ce matin, nous voici donc de retour...

Le sentier muletier monte d'abord assez fort dans la pente, mais pour compenser l'effort, il vous amène rapidement dans une partie de la forêt aux sous-bois recouverts d'herbe bien verte, bien que les arbres soient visiblement des épineux. Plus haut, c'est à nouveau une forêt mixte qui s'installe, avec parfois un épais tapis de feuilles mortes au sol. Et à chaque éclaircie, quelques massifs de bruyères...

Après une bonne demi-heure de montée depuis le fort, nous arrivons à une zone d'éboulis qui a emporté le sentier, mais visiblement : ça passe, le sentier perdure du simple fait qu'il soit suffisamment emprunté. Je me demande si nous ne serions pas sous la frana (l'éboulement) la plus récente de Taibon, mais nous avons beau regarder vers le haut, c'est impossible à déterminer. En regardant de l'autre côté, du fait de l'éboulis nous avons une large ouverture vers le paysage : une vue plongeante vers tout le val Corpassa surmonté de la Busazza (2894 m), que de manière assez irrespectueuse je surnomme "le cul de la Civetta". Et sur sa droite, le massif de la Moiazza - dont je serais bien incapable de nommer ses différents sommets par leurs petits noms.

Busazza

Nous reprenons la route, et passons maintenant dans une partie du bois tout à fait intéressante : d'énormes blocs de calcaire trônent au milieu des arbres, au-dessus de nous, et d'autres donnent l'impression de s'être arrêtés au raz du large sentier. L'effet est saisissant, falaise d'un côté, et pente vertigineuse de l'autre...

Plus nous avançons, et plus il me semble évident que ce sentier a des origines militaires : il me semble construit avec soin, assez large pour faire passer une troupe, et la pente assez faible pour y tirer un canon... cela semble d'autant plus probable que le Forte de Pèden - aujourd'hui en ruines, il n'en reste qu'une ou deux voûtes - faisait partie de la deuxième ligne de défense de la frontière italienne avec le Tirol Austro-hongrois.

D'ailleurs, à ce rythme, il est clair que nous sommes maintenant sur une corniche ! Le sentier est prévu pour être large d'au-moins un mètre, mais il est ici très souvent éboulé, jusqu'à parfois ne laisser qu'un fin passage quelque peu vertigineux. Voyez où il passe : cela se devine à peine sur cette photo, en premier plan du Framont.

Framont

Arrivés au fond d'un repli de la montagne, nous voici face à une zone bien peu accueillante, où il ne reste que les vestiges métaliques d'un pont emporté depuis longtemps par ce couloir avalancheux. Pour pouvoir passer malgré tout et par tous les temps, des tiges métaliques ont été posées dans la roche pour y poser les pieds et y agripper les mains - même si à vrai dire, le passage n'est pas si compliqué : elles ne doivent être utiles que par temps pluvieux ou verglas. Un câble plus récent gît sur le sol - l'entretien laisse à désirer...

En creux

Encore une petite zone d'éboulis à franchir un peu plus loin, et nous arrivons bientôt dans une forêt plus ancienne. Le ciel bleu tout proche face à nous me fait penser que nous allons enfin atteindre un replat plus accueillant, avec peut-être d'anciens prés ? Mais non : le sentier s'arrête de manière abrupte, sur le vide ! Face à nous, un vaste panorama : Marmolada, Zolet, et Sasso Bianco. En dessous, le fond de val du Cordevole et Cencenighe. Un vrai poste d'observation...

Panorama

Nous y prenons une pause méritée : cela fait un peu moins de 2 heures que nous marchons. A nos pieds, l'entrée du tunnel de Listolade. Au vu de la taille des maisons, nous sommes relativement haut, sans doute aux alentours de 1200 m - il faudra penser à regarder la carte pour en avoir une idée plus précise.

L'ambiance est à la douceur : tout est encore sec et jauni par l'hiver, mais les bruyères en fleurs attirent déjà de nombreux insectes, et malgré un petit vent qui vous prend en traître, le soleil réchauffe suffisamment pour se sentir bien vêtus d'un simple polo mérinos. Vers le sud, la Conque Agordine s'étend paresseusement sous le soleil...

Panorama

Il est temps de faire demi-tour, puisque le sentier ne nous amènera pas plus loin ! Même si j'ai l'intuition qu'il devrait rejoindre le bivouac Bedin par un sentier difficile, impossible d'en trouver la trace. Nous reprenons donc la route.

Bois

La descente se fait un peu plus rapide, même si j'ai sorti l'appareil photo et que je mitraille un peu tout et n'importe quoi tous les 5 mètres, comme de bien entendu !

Bruyere

La balade nous aura pris un peu moins de 4 heures, et aura vraiment été pleine de surprises. À 2 pas de chez nous...