Gargano nord
Au réveil, nous découvrons le cadre dans lequel nous avons dormi : c'est à l'abri des regards, mais moche. Nous ne traînons pas, et partons sans même réaménager Partner en "mode jour".
Nous rejoignons la petite ville toute proche de Francavilla al Mare, qui comme son nom l'indique, est une ville côtière. Nous faisons une étape sur son lido pour ranger Partner et petit déjeuner... le ciel est gris et venteux, et donne à la mer une couleur vert électrique. Cela pourrait être beau si le lido n'était pas un amoncellement de baraques et petites propriétés clôturées qui tiennent plus de la décharge publique que d'autre chose.
C'est ici que commence notre descente vers le Gargano : nous suivrons la SS16 tout du long. Les premiers kilomètres sont relativement ludiques : nous admirons les Trabocchi qui s'égrennent le long de la côte, ces petites cabannes de pêcheurs suspendues au-dessus de l'eau. Nous faisons une pause non concertée au Trabocco de la Punta Cavalluccio, après une trentaine de km de route.

La suite de la route est moins agréable : à part ces petites baraques, la côte sur une centaine de kilomètres n'est qu'une succession de constructions de vacances de mauvais goût, plus ou moins anciens et entretenus, bordés de quelques centres commerciaux.
Quand nous dépassons la Marina di Chieuti, c'est encore pire : la route est bordée partout de poubelles et autres détritus peut-être poussés par les vents, mais aussi de putes de la plus basse des conditions : larguées là par leur maquerau en bord de route, sans véhicule, parfois même pas une chaise pour poireauter. Tristesse.
Nous lâchons la SS16 pour la SP37 et faisons un arrêt à la Marina di Lesina : la petite station balnéaire est complètement endormie et peuplée uniquement de chiens errants. Nous allons jetter un oeil à la mer, et nous pensions aussi découvrir la lagune toute proche, mais elle n'est pas accessible en voiture, et le site ne nous engage pas à y perdre du temps.
Après cette étrange pause, nous continuons par la SS693 puis la SP42 qui nous amène en 45 km environ près du lac de Varano... la route est bordée de champs d'oliviers, le lac n'est qu'à quelques mètres, mais invisible aux regards : toute sa côte est privatisée. Cela nous rappelle l'Autriche... C'est la déprime ! En désespoir de cause, nous déjeunons finalement en bord d'un champ d'olivier, de nouilles sautées cuites avec notre petit réchaud à alcool.
La route SP41 passe ensuite sur une étroite bande de terre qui sépare le lac de la mer : c'est une réserve naturelle bordée d'eucalyptus et de grillages... par curiosité, nous allons voir la mer par l'un des tronçons aménagés au sein de la réserve. La plage est jonchée de saloperies en plastiques repoussées par les vagues...

Nous n'avons pas encore abandonné tout espoir, et sous ce ciel toujours aussi gris, nous poussons jusqu'à la petite ville de Vico del Gargano, installée sur coline, une trentaine de kilomètres plus loin.
Son centre est tout en vieilles pierres, en bien moins beau que la petite ville de Scanno, et ses abords sont d'une pauvreté affligeante... un appartement sur deux est à vendre, à peine un sur cent semble rénové et bien entretenu. Est-ce l'absence de soleil qui influence notre jugement ? Nous avons l'impression étrange de visiter Calcutta.

Le temps est de plus en plus gris, nous reprenons la voiture pour les 30 derniers kilomètres de la journée : quand nous arrivons à la petite ville de Vieste, la nuit va bientôt tomber, et la pluie ne l'a pas attendue pour s'inviter ! Après cette journée de merde, nous n'avons qu'une seule envie : un hôtel et une bonne douche !
Guidés de notre téléphone portable et de booking sur lequel nous avons déniché une adresse de B&B accueillant, nous partons à sa recherche dans le dédale des petites rues piétones. Quand après maints détours nous finissons par la trouver, elle est fermée ! Nous changeons notre fusil d'épaule, et prenons une chambre avec vue sur mer à l'Hotel Falcone. Il a le double avantage de pouvoir garer Partner près de nous, et d'être près du centre ville à pied.
Parce qu'après la douche, nous nous offrons aussi le restaurant ! Malheureusement, cette petite ville à touristes ne semble proposer que des restaurants à touristes... Nous finissons donc par manger une pizza dans un de ces établissements. A la table voisine, on dirait un jeune couple allemand, mais l'accent parisien qui pointe dans ce vocabulaire impeccable trahit monsieur... On vient de décrocher en prime le malus du voisin français : nous devrons faire attention à ne pas dire trop de conneries, nous serons compris !
Seules consolations, le serveur nous offre en dessert un moëlleux au chocolat excellent, et deux petits verres de limoncino maison. Dehors, la pluie s'est arrêtée le temps d'une petite promenade digestive par les petites rues de Vieste et son château, avant de rentrer nous écrouler de sommeil dans le lit confortable de l'hôtel.