Au Lagazuoi
Hier, on sonne à notre porte. Comme on attend un colis pour demain, on se dit, bonne surprise ! On ouvre, et en fait c'est le cousin. Bonne surprise ! :-)
Il a pris un week-end prolongé, et s'offre un petit séjour en montagne. Il a prévu une ferrata avec un ami à lui au Lagazuoi : la ferrata Tomaselli, qui permet l'ascension de la Punta Fanes Sud (2980 m). Comme notre amie Laurence arrive justement aujourd'hui, et que je ne connais pas le niveau de cette voie, j'émets une réserve sur notre possibilité à la faire avec lui, et accepte l'invitation avec plaisir mais peut-être plus pour une rando en "voie normale".
Après vérification, il s'avère que cette ferrata est notée difficile, commentée comme non recommandée aux débutants, et que certains passages sollicitent particulièrement les bras. Nous randonnerons donc ! L'heure du rendez-vous est fixée, à 7h30 il passe chez nous et nous emmène dans son énorme pick up.
Vendredi, comme de bien entendu, c'est avec 10 minutes d'avance que la sonnette retentit. Nous sommes quasiment prêts, mais au dernier moment nous ajoutons casques et lampes frontales aux sacs... 7h30 pétantes, nous sommes tous installés et il démarre. On ne rigole pas avec l'horraire !
Nous arrivons au Lagazuoi à 8h30 pour découvrir qu'en fait la première navette du téléphérique part à 9h... qu'importe. On fait la connaissance brièvement de Michele, qui vient lui aussi de la plaine du ferrarese, ami du cousin et par ailleurs vétérinaire de son chien - autant dire quelqu'un d'important !
Nous prenons nos billets et nous nous retrouvons rapidement plusieurs centaines de mètres plus haut : l'arrivée du téléphérique et le refuge associé sont à 2835 m... Là-haut, il fait frais, mais pas vraiment froid (environ 12° C), c'est une chance, même si les nuages semblent menaçants.


Le cousin connait visiblement la musique - il ne faut pas traîner, nous avons une belle journée de montagne devant nous ! - mais il nous laisse quand même le temps d'admirer le paysage. Dans la première descente, il s'arrête même pour jeter un oeil à chacun des vestiges de la Grande Guerre, mais il faut dire qu'avec son pas assuré il est à toujours à la tête de notre petite troupe.
Nous voilà à la Forcella Lagazuoi (2572 m), et nous suivons le sentier 20b par l'ouest, histoire de marcher au soleil. L'ami Michele semble avoir du mal à suivre déjà en descente, et ça ne s'améliore pas en montée... il a même la semelle de sa chaussure qui le lâche, et qu'il enrubanne de scotch !

Nous voyons maintenant l'objectif des deux compères, la Punta Fanes, et nous les accompagnons jusqu'au départ de la ferrata. Sur ce petit replat ne reste que la structure béton qui supportait précédemment le bivouac de la chiesa - Stefano le surnommera désormais "il bivacco che non c'è più". Il me raconte que dans sa jeunesse, il est venu ici en plein hiver avec trois amis... ils ont grimpé jusque là en raquettes, avec de la neige jusqu'à la taille, en changeant de premier homme tous les 100 m pour ne pas trop s'user. Le bivouac n'était pas visible, caché comme il était sous la neige : ils ont dû creuser pour le trouver et s'y introduire. Le lendemain matin, ils ont fait l'ascension de la Punta Fanes...
Mais revenons à aujourd'hui ! Il est presque 11h quand ils sont prêts à attaquer la ferrata. Nous les regardons passer les premières difficultés - Stefano avec aisance et brio, Michele bien moins technique mais malgré tout efficace -, puis nous continuons la boucle anti-horraire du massif. Le sentier est passablement éboulé, mais rejoint rapidement une corniche sympathique, exposée et panoramique.

Le sentier passe au pied des roches, puis rejoint la vaste vallée qui nous sépare du Lagazuoi. Là, de nombreuses baraques en pierre écroulée rappellent qu'il s'agissait d'une zone de conflit... Nous bouclons la boucle en remontant la longue pente qui semble ne plus finir (mais qui en fait ne fait que 850 m, mais bon, que voulez-vous... les distances sont parfois bien relatives) et qui mène au refuge.
Nous arrivons à 12h30, nous avons parcouru 6,2 km et avons bien droit à une pause déjeuner panoramique ! Le ciel est de plus en plus couvert, et si le gris nous accompagne depuis ce matin, il est désormais très foncé et s'amoncelle non loin de nous, à la fois sur les Tofane, la Croda da Lago et l'Averau. Qu'importe, nous nous dirigeons droit vers la galleria, le tunnel offensif creusé dans l'énorme piton rocheux tout proche des lignes autrichiennes par les italiens pendant la Grande Guerre.

Après quelques zig zag sécurisés par un câble où l'on perd rapidement en altitude, nous rejoignons une corniche à la vue suggestive, puis passons à travers les tranchées qui nous conduisent à l'entrée du tunnel. Casque et lampes sur la tête - des lampes, nous n'en avons que deux, je marcherais au milieu du groupe comme je peux - et hop, c'est parti.
Il s'avère que le sol est trempé, et donc très glissant, et que la plupart des tronçons sont complètement dans le noir ! Le casque est là pour une bonne raison, parfois la gallerie est creusée un peu basse. L'ambiance est très austère, on se gèle les mains sur le câble tout en avançant à tâtons... ça fait froid dans le dos d'imaginer une garnison stationnée ici !
La descente semble longue, mais après avoir dépassé une gallerie annexe qui va au sommet et une autre qui contenait une citerne d'eau, une dernière vollée de marches irrégulières nous amène à la base du parcours, au niveau de la Cengia Martini, une corniche aménagée en baricades, que nous parcourons sur une centaine de mètre pour appercevoir les baraquements reconstruits plus loin.
Le sentier descend alors pendant dix minutes en plein air mais encore dans les roches, chaque petite difficulté assurée par un câble ; nous voici à la jonction avec le sentier normal de descente qui serpente au-dessus de la piste de ski. Il faut compter une petite demi-heure pour arriver au parking : pas de nouvelles des amis, mais comme il est un peu moins de 15h, et qu'ils ont annoncé avoir fini la ferrata à 13h, j'estime qu'ils sont 30 minutes derrière nous. Banco :)
A leur arrivée, nous apprenons qu'ils ont dû renoncer à parcourir la dernière partie de la ferrata, la plus verticale, du fait de la fatigue de Michele. Les deux amis ont l'air un peu tendus, sans plus, allez, sans rancune, la prochaine fois il faudra choisir plus facile !
Les distances sont cumulatives :
0 m - Rif Lagazuoi (9h15)
850 m - Forcella Lagazuoi
2 200 m - Forcella Gasser Depot
3 100 m - Attacco della Ferrata Tomaselli (bivacco che non ce più)
5 400 m - Forcella Lagazuoi
6 250 m - Rif Lagazuoi (12h30 - 13h00)
+ 2 500 m Gallerie et retour au Parking de la funivia (14h45)