Mulaz
Après la compétition, nous revoici en mode balade. Nous souhaitons dormir en altitude ce soir, mais ne pas porter des sacs trop lourds : nous choisissons donc de dormir dans un refuge... reste à savoir lequel aura encore un peu de place ! Après avoir essuyé un refus au Lagazuoi puis au Puez, c'est en téléphonant au Mulaz qu'on décroche le gros lot.
Un peu avant midi - nous ne sommes pas bien pressés aujourd'hui - nous débarquons au Passo Valles, et nous montons vers la Forcella Venegia (2212 m), puis après une pause déj', nous rejoignons la Forcella Venegiotta (2299 m), après environ 3 km de marche.

Nous passons de l'autre côté du miroir, euh, de l'autre côté du versant, et après un tronçon assez sympathique avec beau panorama et quelques câbles (bien qu'il n'y ait aucune difficulté), nous descendons un immense pierrier aux caillasses à la fois glissantes et coupantes, vraiment désagréable. Derrière, le sentier remonte raide, et des câbles aident parfois à passer sur les parties les plus pentues.
Après moins de 4 heures de marche, nous arrivons au refuge, idéalement placé au pied des cimes du Focobon d'un côté et de la Mulaz de l'autre, au fond d'un val en altitude. On fête ça avec une bonne bière ;-)

Nous dormirons dans le dortoir ce soir, mais nos voisins de lits superposés ne devraient pas être trop nombreux : on nous annonce 4 autres randonneurs (il y a au moins une vingtaine de couchette), ça devrait être dormable. Nous y déposons nos affaires les plus lourdes, et repartons à l'assaut de la Mulaz.
La Mulaz, c'est un sommet tabou : je n'ai jamais eu très envie d'y mettre les pieds. C'est un petit traumatisme qui remonte à longtemps, de l'époque où on allait avec les parents en vacances à Canale d'Agordo. Une année, la colo de jeunes ados qui était gérée par l'établissement où on séjournait, a vécu un véritable drame, dont on a ressenti l'onde de choc assez vivement : lors d'une randonnée du groupe à la Mulaz, un des jeunes est mort foudroyé. Depuis, la Mulaz...

Alors, aujourd'hui, on défie un peu les éléments ! Surtout qu'en fait, des gros nuages noirs, il y en a de plus en plus au-dessus de nous. Le sentier est de plus en plus délicat - avec une belle pente, et parfois un peu vertigineux - mais ça monte. Etienne est arrivé depuis 10 minutes déjà quand j'arrive au sommet, alors qu'Antoine qui a le pied démoli à cause de ses chaussures, a lâché l'affaire... mais à peine j'y met les pieds, qu'il commence à pleuvoir.

Dommage, car le panorama illuminé de rayons rasants et sous ces nuages noirs était tout à fait saisissant ! Mais nous redescendons le plus rapidement possible en k-way... ce qui ne nous empêche pas de prendre les grêlons ! Heureusement, il ne s'agit pas d'un orage - aucun tonnerre, aucun éclair.
De retour au refuge, nous dînons en compagnie d'un couple de français partis d'Innsbruck le premier juillet, et qui traversent toutes les Alpes en direction de Feltre... pendant ces trois semaines d'itinérance, ils ont emmené dans leur lourd paquetage un harnais pour la via ferrata du lendemain, qui traverse le passo des Farangole. Ils ont un peu l'air stressé, mais n'en montrent pas grand chose, après tout ils nous expliquent qu'ils sont des serial randonneurs... de vrai collectionneurs de randonnées de part le monde. Ils connaissent déjà leur prochaine destination : la traversée de la Mongolie...
Malgré tous nos espoirs, cette nuit en dortoir n'a pas été de tous repos : des 4 israéliens, deux ronflaient (et se sont endormis avant nous). Et toute la nuit, j'avais dans l'oeil la lumière du couloir... elle ne m'a cependant pas empêché de comprendre (un peu trop tard malgré tout pour l'enrosadira) que le soleil se levait, et qu'il était temps de faire de même si on ne voulait pas rater le golden hour du matin...

La lumière était déjà vive, mais incroyablement orangée, et les quelques pousses d'herbe rase au pied du refuge ont pris une teinte assez surréaliste...
Nous avons marché un peu pour atteindre un petit sommet situé en contre-bas du refuge, d'où nous avons pu admirer le panorama de la vallée.


Après un solide petit déjeuner, j'ai enfin osé attaquer la conversation avec le gestionnaire du refuge : je lui ai parlé du cousin. Banco, il s'agissait bien du bon refuge (j'avais des doutes !)... Bruno connait bien le cousin, et pour cause, ils sont amis, et il nous a appris qu'il lui avait construit un agrandissement de fou derrière le bar, en allant creuser dans la roche pour obtenir l'espace disponible...

Après cette petite conversation, nous sommes redescendus par l'autre côté du Passo Mulaz vers le val Venegia, et pour boucler la boucle, remontés jusqu'au Valles.

Comme nous arrivions un peu trop vite pour midi, nous avons fait une petite cime bonus supplémentaire, la Cima Valles. Après quoi, nous avions bien mérité de déjeuner à la Capana Valles, un de nos restaurants préférés en altitude...