Franco-romanos
Le voisinage, c'est pas toujours facile, surtout avec les c#ns. Notez bien qu'avec les autres, c'est tranquille, mais les c#ns... le problème, c'est qu'on commence à en collectionner quelques uns. Aujourd'hui, je vous parlerais du vieux qui habite au dernier étage de notre immeuble. Je vous passerais l'historique - à l'occasion, ce sera intéressant d'y revenir -, mais après avoir discuté avec son neveu et sa nièce, on a bien compris que ce n'était pas un problème d'âge - plutôt un problème de personne. Bref, il n'a pas mal vieilli : il a toujours été comme ça.
Cet été, suite à ma proposition acceptée par le "comité restreint" constitué des trois propriétaires habitants l'immeuble, j'ai poncé puis repeint la barrière en métal de l'entrée. Coût total : un tiers d'un pot de peinture à 14 € (dont j'ai utilisé le reste pour notre propre balcon), et au plus, deux heures passées. Bien sûr, le vieux a insisté pour que je fasse les comptes, et si possible "avant Noël". Pour lui répondre la prochaine fois, il faudra que je trouve la traduction de la Saint Glinglin ou des Calendes grecques en italien. Ah, voilà : il giorno del poi dell'anno del mai ou alle calende greche.
Alors les comptes, je les ai fait : j'ai affiché dans l'entrée "si le résultat vous convient, payez moi une bière !". Et c'est là que cela devient rigolo : le vieux a versé très exactement 8,61 €, comme à son habitude "par voie postale" - mettre une enveloppe dans la boîte aux lettres, cela lui permet de ne pas avoir à parler aux sales français. Au début, je me suis demandée quelle genre de bière il pensait que j'allais me payer à ce prix-là, au centime près... Mais banco : j'avais fait l'erreur d'écrire mon petit laïus au verso du décompte de la précédente facture d'électricité, et il a payé le montant correspondant à son pro-rata. J'ai donc retourné l'argent avec un petit mot, hop, dans sa boîte aux lettres.
Trois jours après, le vieux sonne à la porte. Il souhaite voir la précédente facture, et me parler : il m'attend chez lui. Pourquoi pas : le temps de prendre toutes les factures 2015 (au cas où ! On ne sais jamais, avec lui) et nous montons tous les deux. Là, il nous sort un blabla en boucle sur le fait qu'il ait payé deux fois la facture d'électricité, et me montre son petit carnet de facturettes qui prouve qu'il l'avait déjà payée il y a deux mois. Il insiste en disant qu'il a toujours été correct - comme si je ne l'étais pas, moi.
Je lui répond en boucle qu'il s'est trompé de montant pour la barrière, que je l'ai remboursé, parce que je suis correcte moi aussi. A la 4e fois, sa femme finit par percuter : ils n'ont pas regardé dans leur boîte aux lettres. Elle descend. Pendant ce temps il veut que les prochaines fois, je lui signe un reçu pour les clopinettes qu'il paie pour l'électricité. Je n'en ai rien à foutre, et je lui fais un joli sourire. Sa femme remonte, ils ouvrent l'enveloppe, ils trouvent l'argent, ils lisent le petit mot explicatif. Ils ne s'excusent pas de nous avoir traité de voleurs.
Il enchaîne plutôt sur le portail : on le laisse ouvert, c'est mal, il faut qu'on comprenne que notre liberté s'arrête là où celle des autres commence - c'est-à-dire la sienne -, et que le portail, il doit rester fermé. Cette fois-ci, on est moins compréhensifs, surtout qu'on sait que dans le passé, sur un coup de tête après l'avoir embouti parce qu'il s'attendait à le trouver ouvert, il a été jusqu'à le faire disparaître pendant presqu'un an... alors "le portail, on le trouve très bien ouvert.". Et là, c'est l'escalade, pour un peu il s'étouffe de colère, il dit que même les tsiganes ils ne font pas ça, même pas dans les bidonvilles ! Et ça, ça doit être une insulte suprême pour les polentoni fascisti - c'est-à-dire, les "bouffeurs de polenta racistes" (c'est ce que les italiens du sud ont trouvé de mieux pour qualifier leurs voisins du nord).
Nous, ça nous a fait sourire, on ne nous avait encore jamais traité de Romanichels ! Antoine a dit qu'on devait vraiment être pire que les Terroni (les culs terreux du Sud, pour les nordistes). On a donc levé le cul de notre chaise, le vieux nous a suggéré de nous trouver une maison pour nous tous seuls - ce qui est à vrai dire une bonne idée, ça nous éviterait de cotoyer ce c#n ! -, et nous sommes partis souriants en lui souhaitant une bonne journée. Car oui : il faut toujours garder le sourire, ça énerve encore plus.
A la réflexion, nous avons compris qu'il a fait exprès de payer deux fois, vu qu'il tient ses comptes au centime près. Il a même attendu trois jours en ruminant pour pouvoir nous traiter de voleurs... alors qu'il n'avait juste pas relevé son courrier. Mon papa m'a toujours dit, "La communication... C'est important !". Ben ce concept pour le vieux, c'est pas gagné !...