Sur la route
A part la bière, la seule autre chose qui nous ait vraiment plu en Autriche, c'est le prix du carburant : facilement 30 centimes de moins qu'en Italie ! Nous avons donc fait le plein, et profité du wifi de la station pour mettre à jour nos applications météo. Et là, c'est le drame : les prévisions ont changé, orages et pluies sont prévues même ici !
L'Autriche ne nous inspirant pas plus que ça, nous prenons finalement la route vers... chez nous :) Après tout, c'est très bien aussi, chez nous ! Et sur la route, nous avons pris tous les chemins de traverse possibles : après Tarvisio, nous avons découvert par hasard le lac des 3 communes, bien plus nature ! Puis toujours dans le Frioul, nous sommes passés par San Daniele, qui s'auto-proclame la ville du Prosciutto (ce qui est certainement vrai vu le nombre d'usines à jambon ! Heureusement il semblerait qu'ils prennent le produit au sérieux).
Après ce petit passage en plaine, la route grimpe soudainement vers les hautes vallées du Celina, où se trouve le très beau lago di Barcis.
Suite à quoi la route traverse un environnement très sauvage, pour arriver au tristement célèbre barrage du Vajont : dans la nuit du 9 octobre 1963, un glissement de terrain provoque un énorme tsunami dans le lac, qui déborde du barrage et détruit la ville de Longarone en contre-bas, tuant près de 2000 personnes.
L'instabilité du terrain avait été détectée mais sous-estimée... ce qui fait de ce barrage une oeuvre typiquement humaine : orgueilleuse (c'est la plus grande digue à arc de l'époque) et réalisée sans aucun respect pour les habitants du site, qui y étaient fermement opposés (et réclamaient des analyses complémentaires sur la faisabilité)... en filigrane, la logique cynique du profit.
Nous n'avions jamais vu le site, et sa dimension donne à peine une idée de l'ampleur des dégâts et du drame... au-delà des fautes et des erreurs qui y ont conduit, nous avont été frappés par le fait que la blessure et les accusations semblent rester particulièrement vives, soixante ans après : au-delà de la commémoration, les messages relèvent de l'indignation profonde. Mais en redescendant vers Longarone, on comprend malgré tout qu'il doit être difficile aux survivants de faire leur deuil, tellement ce barrage est omniprésent dans le paysage... d'autant plus que, de même que la construction a fait l'objet d'un muselage de la population et des opposants, le drame semble avoir fait l'objet d'une censure pendant de longues années.